Docteur Mohamed Yousfi, Chef de service d’hématologie et infectieux à l’EPH de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPPSP), se désole que seul « 0,17% de la population algérienne a été vaccinée depuis le début de la campagne de vaccination fin janvier dernier ». Raison pour laquelle, il a insisté, hier, sur la nécessité d’accélérer la campagne de vaccination contre la Covid-19 et à plus de communication transparente de la part des pouvoirs publics concernant la réalité des chiffres de cette campagne.

Par Sihem Bounabi
Dr Mohamed Yousfi a ainsi affirmé, hier, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, que plus de 16 000 Algériens se sont inscrits sur la plateforme numérique lancée par le ministère de la Santé dans le cadre de cette campagne de vaccination anti-covid mais que, jusqu’à présent, «on ne connaît ni le nombre de ceux qui se sont déjà faits vaccinés parmi les inscrits ni quand seront vaccinés les autres», déplore-t-il.

Communiquer pour mieux combattre la propagation des variants
Il ajoute sur l’importance de la transparence de la communication qu’ «il faut qu’on sache qui est qui, qui fait quoi, pour prendre nos précautions». Il estime ainsi que «quand on n’a pas l’information on ne peut pas orienter le PCR (et éventuellement le séquençage) quand il y a infection dans un quartier, dans une ville, dans une région. Par conséquent, c’est une perte de temps et d’efforts qui ne permettront pas de circonscrire rapidement la propagation des variants».
Dans un contexte mondial marqué par «une guerre féroce pour l’acquisition des vaccins», le président du SNPSSP estime que «les Algériens, très compréhensifs sur la pression mondiale qui existe autour du vaccin anti-covid, sont en droit de savoir quand arrivera enfin leur tour». Il réitère encore une fois son appel aux autorités pour plus de transparence dans la communication en soulignant : «Ce que nous reprochons aux autorités, c’est ce manque de communication en temps réel par rapport aux professionnels de la santé et aux citoyens.»

Accélérer la vaccination malgré les difficultés d’acquisition
Concernant les difficultés d’acquisition du vaccin, il rappelle qu’il y a à peine un mois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que 13% de la population mondiale a déjà fait l’acquisition des 50% de vaccins anti-covid disponibles. Dès lors, face à un problème sanitaire mondial, les pays riches, à l’instar des Etats-Unis et des pays européens, mènent déjà une guerre féroce entre eux pour l’acquisition du vaccin. Quant à l’OMS, dans le cadre du système Covax, permet à plus de 200 pays en voie de développement ou pauvres et confrontés aujourd’hui à des difficultés pour l’acquisition des quotas prévus. Il rappelle ainsi que dans ce cadre, «l’Algérie devait avoir quelques millions de doses mais pour le moment elles ne sont pas encore arrivées». Toutefois, selon le Dr Mohamed Yousfi, une lueur d’espoir demeure avec l’annonce de la fabrication localement du vaccin Spoutnik V avec le partenaire russe. Soulignant : «C’est clair que si l’Algérie arrive à avoir une usine pour fabriquer le vaccin localement on sera privilégiés pour assurer la vaccination de notre population.»
Par ailleurs, concernant ceux qui ont lancé une campagne de boycott du vaccin AstraZeneca, le Dr Mohamed Yousfi estime qu’«on est en train de mettre dans la balance des millions de personnes qui ont été vaccinées et ainsi éviter un nombre important de morts, à côté d’effets secondaires qui sont pourtant connus et maîtrisables.» Il affirme que pour le moment «il n’y a aucun effet secondaire grave constaté en Algérie suite à l’inoculation du vaccin AstraZenecca».
Concernant la situation épidémiologique, avec une tendance baissière des contaminations à la Covid-19 qui se confirment de jour en jour avec des chiffres sous la barre des 100 cas, le Dr Mohamed Yousfi, commente que «on ne peut se plaindre de cette situation, on s’en réjouit plutôt, mais on n’est pas à l’abri tant qu’on n’a pas les doses nécessaires de vaccin pour être rassurés définitivement quant à l’état épidémiologique de la population». Il insiste toutefois sur le maintien de la vigilance pour le respect des gestes barrières. «Il ne faut pas céder au relâchement général, menaçant et fâcheux», soulignant qu’«on n’est pas sorti encore de cette épidémie tant qu’on n’est pas arrivé à une immunologie collective».
Justement à propos des spéculations sur le fait que les Algériens ont été largement contaminés, l’infectiologue réplique qu’«une population atteinte à 60% est une catastrophe, localement ou à l’échelle mondiale». Affirmant que «nous n’en sommes pas là, fort heureusement, par rapport à ce qu’on a vécu pendant une année de pandémie et où la vaccination traîne».
A propos de l’apparition des variants britannique et nigérian en Algérie, il reconnaît qu’ils sont certes plus dangereux car ils sont plus contagieux et se transmettent plus rapidement que la souche originale de la Covid-19. Toutefois, il tient à rassurer que «l’effet de ces variants est moins important dans une telle situation stable par rapport à celle vécue durant les mois passés avec des atteintes au-dessus des 1 000 cas». Il soulève cependant la problématique du nombre réduit d’opérations de séquençage par manque de moyens d’autant plus que l’Institut Pasteur d’Alger (IPA) est le seul habilité pour le moment à faire ce type de test au niveau de tout le territoire national.

Vigilance et respect des gestes barrières
Le Dr Mohamed Yousfi réitère que la vigilance est de mise malgré la situation épidémique, notamment au niveau des écoles du fait que les variants touchent de plus en plus les enfants. Il appelle ainsi au civisme des citoyens, mais également aux pouvoirs publics pour mettre en application des mesures barrières notamment dans les milieux clos et fermés tels que les magasins, les cafés et les restaurants, les espaces publics fermés comme les administrations, mais également dans les bureaux et les lieux de travail fermés. Il rappelle également que les deux grands foyers de contamination constatés en Algérie sont ceux du milieu familial et du travail, en confiant que «l’on a eu beaucoup de dégâts dans les familles où plusieurs membres ont été hospitalisés».
Au final, concernant les risques d’une 3e vague de contaminations au coronavirus en Algérie, l’infectiologie estime qu’«on est pour le moment dans une situation très stable. Mais, pour éloigner la possibilité d’une 3e vague il faudrait accélérer la vaccination et surtout être très vigilants dans le respect des gestes barrières».
«Lorsqu’on applique les mesures barrières, on peut venir à bout des variants, car c’est en respectant ces mesures qu’on peut casser la courbe des contaminations en attendant la vaccination». Il insiste sur la vaccination dont le but est de protéger d’abord les personnes âgées et fragiles en attendant de vacciner le maximum de personnes pour atteindre le seuil de l’immunité collective qui de 70% de la population.