Tel est le constat du docteur Lyes Merabet, président du Snpsp. Le praticien syndicaliste met également en garde contre le caractère cyclique de la pandémie…

PAR INES DALI
La baisse sensible des cas confirmés de Covid-19 s’est poursuivie ces derniers jours en Algérie jusqu’à atteindre des niveaux très bas, jamais atteints pendant la durée de l’épidémie y compris pendant les périodes d’accalmie. Les contaminations restent en-dessous de 50 cas par jour depuis le 5 mars, de même qu’il a été enregistré 1 ou 2 décès par jour durant cette même période. Hier, le bilan quotidien du ministère de la Santé a fait état de 23 nouveaux cas, 2 décès et 29 guérisons durant les dernières vingt-quatre heures.
Au vu de l’amélioration de la situation épidémique qui se renforce dans le pays, la question de savoir est-ce un signe de l’extinction de l’épidémie de Covid-19 revient, au moment où d’autres pays dans le monde annoncent une nouvelle poussée épidémique, à l’instar des Pays-Bas qui ont cumulé 439.775 cas durant la première semaine de mars contre 245.898 la semaine précédente (une hausse de 79%), ou encore la Corée du Sud qui a parlé d’un record à 342.446 nouvelles infections hier.
«Ce sont des éléments d’informations et surtout des chiffres qui nous rappellent que cette pandémie a toujours progressé de manière cyclique, à travers des vagues qui montent, se stabilisent pour redescendre ensuite, mais qui nous rappellent aussi que ce n’est pas une situation propre à un pays, que ce soit chez nous en Algérie ou ailleurs. A chaque fois, le cycle de la vague était de 5 ou 6 mois, parois de 8 mois dans certaines régions, et en Algérie, nous avons eu une moyenne de 6 mois entre les différentes vagues et un peu plus entre la 2e et la 3e vague», a affirmé, hier, Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).
Il a tenu à rappeler qu’entre la 2e et la 3e vague, l’Algérie était dans une situation d’accalmie à partir d’octobre 2020, mais l’épidémie est «repartie brusquement et brutalement» à partir de mai-juin 2021. Partant de ces constats, il estime qu’il y a «un cycle, un espace-temps qu’il faudrait respecter», et, selon lui, «juguler cette situation épidémique mondiale dépend de la conjonction des efforts et de la mutualisation des moyens, mais surtout de la coordination en termes d’organisation du plan d’action sanitaire», de même qu’il faut «coordonner au niveau des lectures des chiffres pandémiques qui mettent en exergue ce qui se passe ailleurs actuellement et pas seulement chez nous en Algérie, bien que nous soyons dans une situation de décrue absolue».
Le Dr Merabet a indiqué que «les éléments sur le terrain concordent parfaitement avec les chiffres communiqués dans les bilans quotidiens», relevant, toutefois, que «c’est relatif, car nous sommes toujours en sous-dépistage pour accompagner réellement la situation pandémique, comme ce fut le cas depuis le début». Mais il est «certain que la situation, en termes de pourcentage, est en train d’évoluer en parfaite symbiose avec la réalité du terrain», a poursuivi notre interlocuteur. Il argumente en indiquant qu’il y a «beaucoup moins de malades que ce soit au niveau des consultations Covid ou des urgences», tout en rappelant qu’il ne faut pas occulter qu’il y a également «beaucoup de malades présentant une symptomatologie mineure à modérée, la plupart étant des cas légers qui passent inaperçus et ne consultent même pas, se contentant de faire dans l’automédication». Dr Merabet a tenu, toutefois, à souligner que «ces cas ne changent rien à la donne, à savoir que la situation s’est vraiment calmée».
Tout en insistant que l’Algérie est «réellement en phase de décrue», il est revenu sur le fait que «nous sommes obligés de tenir compte de ce qui se passe ailleurs, dans d’autres pays, où les cas confirmés de Covid-19 sont en train de grimper timidement mais sûrement depuis une à deux semaines».

«C’est une erreur de penser que la pandémie est terminée»
Pour le Dr Merabet, la situation de reprise dans d’autres contrées du monde est un élément qui a fait que «l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à travers son groupe d’experts qui surveille la situation pandémique mondiale mais aussi les autorités sanitaires en Europe et ailleurs n’ont, jusqu’à présent, pas parlé d’extinction de la pandémie bien que la situation aussi s’est améliorée chez eux».
Dans ce contexte, l’Organisation des Nations Unies (ONU), par le biais de son secrétaire général, a lancé une nouvelle alerte hier. «Ce serait une grave erreur de penser que la pandémie de Covid-19 est terminée», a déclaré Antonio Guterres, dans un communiqué. «Le bilan le plus tragique de la pandémie a porté sur la santé et la vie de millions de personnes, avec plus de 446 millions de cas dans le monde, plus de 6 millions de décès confirmés et d’innombrables autres personnes aux prises avec une détérioration de la santé mentale», a ajouté Guterres, qui a déploré que «près de 3 milliards de personnes dans le monde attendent toujours leur premier vaccin». Il a mis en cause les «décisions politiques et budgétaires qui donnent la priorité à la santé des habitants des pays riches par rapport à la santé des habitants des pays pauvres».

«Patienter et ne pas se précipiter»
Dr Lyès Merabet soutient qu’il y a tout de même une certaine «prudence par rapport à la lecture des données et des indices sanitaires rapportés à la situation pandémique» étant donné que le monde n’est pas tout à fait sorti de la pandémie. «Honnêtement, je pense qu’on est obligé de patienter encore et ne pas se précipiter, d’autant plus que les mesures barrières sont appliquées avec beaucoup de légèreté chez nous», a-t-il préconisé. Il a enchainé : «Il faut dire que nous ne sommes pas vraiment incommodés par la situation actuelle» en parlant de ce qui reste comme restrictions, estimant encore, concernant «les déplacements des personnes à l’étranger» que «cela ne dérange pas beaucoup d’Algériens, nous ne sommes pas en période de vacances ou de grands déplacements.»
«Je pense que nous sommes déjà dans une sorte de confinement national, mais il faut renforcer le contrôle au niveau des frontières avec beaucoup plus de rigueur, c’est ce que font les Européens et d’autres pays actuellement, même s’ils ont levé les mesures barrières et n’utilisent plus le pass sanitaire. Ils restent néanmoins très fermes par rapport au contrôle aux frontières et aux déplacements des personnes dans les deux sens», a noté Dr Merabet.
S’exprimant sur une éventuelle extinction de la pandémie, le ministre de la Santé a indiqué, selon le site Dz News, que «les indicateurs épidémiologiques indiquent que nous sommes peut-être à la fin de l’épidémie». Il a estimé que «les personnes qui ont été atteintes par le Covid-19 ont développé une immunité individuelle qui a induit, par la suite, une immunité collective. A cela s’ajoute la vaccination». Il est utile de rappeler, dans ce sens, que le taux de vaccination dépasse à peine 30% et qu’il n’est pas certain de le voir augmenter, sachant que la population a fait preuve de réticence vaccinale au plus haut de la quatrième vague.