La priorité pour l’Algérie est de préserver, au cours des prochaines années, ses parts de marché en Europe menacés notamment par le Qatar, la Russie et le GNL américain.
Le président du GECF et ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, a, au cours de la conférence de presse organisée jeudi dernier à l’issue de la réunion du Forum des pays exportateurs de gaz, estimé que la conception d’un vaccin contre la Covid-19 et sa commercialisation probablement vers fin 2020, voire en 2021, vont stimuler les prix du gaz qui vont, selon lui, être à la hausse. Le développement du gaz naturel en Algérie sera le constituant essentiel du programme énergétique national qui table sur une intensification de l’exploration, de l’amélioration du taux de récupération des vieux gisements, du partenariat. «L’avenir est à la technologie», a-t-il affirmé. Sur les contrats gaziers à long terme qui prédominent dans les exportations algériennes, il a affirmé que ces contrats long terme sont dépassés. «C’est fini, les contrats de 20-25 ans. La tendance est à des contrats de 7-8-10 ans. L’Algérie ne peut pas s’engager sur des durées plus longues comme auparavant (20-25 ans). Car la priorité des priorités est la couverture de la demande domestique à long terme.» Sur le contrat gazier récemment conclu avec Naturgy, il a affirmé que Sonatrach n’a pas fait de cadeau. «Je peux vous garantir que Sonatrach n’a fait de cadeau à aucun de ses clients». L’accord avec Naturgy a porté sur la révision des prix et de la durée du contrat conclu en 2018. C’est un bon accord», a-t-il laissé entendre. «Nous avons renégocié les contrats long terme avec tous nos clients. Ces accords renégociés à l’instar de celui avec Naturgy font valoir les atouts de l’Algérie, à savoir la garantie de la sécurité d’approvisionnement et un prix raisonnable pour l’Algérie». Il prévoit la possibilité d’investissements, allusion à une implication future de Naturgy dans l’amont algérien comme ce fut le cas lors du renouvellement du contrat long terme avec l’ENI. Sonatrach a signé avec cette compagnie italienne plusieurs contrats d’investissements suite à cette renégociation de l’accord long terme. Abdelmadjid Attar a également répondu que le gaz algérien n’est pas concurrencé par celui des pays de l’Est de la Méditerranée (Egypte, Turquie, Israël) ni par celui de l’Afrique subsaharienne (Mozambique). Il ne pourra cibler le marché asiatique aujourd’hui à l’exception de quelques livraisons de GNL spot en raison de la concurrence de l’Australie et du Qatar. Le marché européen sera la priorité pour l’Algérie. Mais le marché asiatique pourrait être un débouché à l’avenir. Concernant l’idée de constitution d’une Opep du gaz qui remplacera le GECF, Abdelmadjid Attar a indiqué que ce sujet n’a pas été évoqué lors de la réunion ministérielle. Il pourrait être discuté lors du sommet des chefs d’Etat du GECF prévu le 18 novembre 2021 au Qatar. «Le moment n’est pas opportun actuellement pour que le GECF se transforme en Opep du gaz en raison d’une baisse de la demande et une surproduction de gaz. Ce n’est pas dans ses statuts de coordonner la production et l’exportation des pays membres. Cependant, les données du GCEF sont prises en considération par les différentes instances de l’industrie du gaz. Il publie un outlok annuel et un outlook long terme. Le dernier approuvé par le comité exécutif et qui porte sur les perspectives du gaz jusqu’en 2050 sera publié en décembre prochain. Le GECF est ainsi devenu une référence internationale dans l’industrie du gaz pour les données sur l’industrie du gaz. Quant à l’Institut de recherche du gaz du GECF GRI, dont le siège est à Alger, une initiative algérienne qui date de 2008 approuvée plus tard, il est installé au sein du siège du ministère de l’Energie. Des cadres algériens y travaillent déjà sur des programmes techniques et scientifiques relatifs à l’industrie du gaz. Le GRI sera opérationnel en 2021. L’Algérie s’appuiera notamment sur ce centre en vue d’une participation active au GECF. Ce sera un centre de recherche de référence internationale dans l’industrie du gaz qui profitera aux cadres et chercheurs algériens notamment dans l’acquisition de nouvelles technologies dans l’industrie du gaz.
«Le gaz de schiste n’est pas dans notre programme»
Quant au gaz de schiste, interrogé par une responsable du GCEF au cours d’une conférence de presse co-animée avec le Secrétaire général de ce forum destiné à tous les médias, organisée avant celle destinée aux média algériens donnée par le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar a répondu que le gaz de schiste ne fait pas partie du programme de développement du secteur. Il n’est pas à l’ordre du jour. «Les conditions du marché actuellement ne sont pas favorables à son exploitation», a-t-il argué. Le ministre a souligné au cours de cette conférence que l’Algérie ne devrait plus s’appuyer sur la rente pétrolière. Elle continuera cependant à compter sur les hydrocarbures au cours des prochaines années. Mais selon les directives du chef de l’Etat, l’Algérie devra réduire sa dépendance des hydrocarbures de 20% annuellement au cours des trois prochaines années. Cette réduction de la dépendance demande l’émergence d’une autre mentalité, a observé cependant le ministre de l’Energie.
Sur l’évolution des prix du pétrole, Abdelmadjid Attar a estimé que les prix du pétrole vont évoluer à la hausse en 2021 si le vaccin contre la Covid-19 fait ses preuves le premier trimestre 2021. Il a indiqué que le prix du baril algérien s’est situé autour de 41,3 dollars à octobre 2020 et qu’il pourrait atteindre 42 – 43 dollars d’ici à la fin de l’année.

Repères

  • Le forum des pays exportateurs de gaz GECF a été créé en 2001 pour défendre les droits souverains des pays membres sur leurs ressources et leurs capacités à les gérer de manière indépendante, efficiente, et durable, en respectant l’environnement. Tout cela au profit des populations des pays membres. Cette organisation qui n’est pas une Opep du gaz a pour missions de renforcer la coopération entre pays membres, notamment dans le domaine des prévisions sur le marché, de développer les échanges d’expérience et d’expertise. Elle est cadre de dialogue entre les pays membres avec les pays consommateurs et les différentes instances dans le domaine de l’énergie : AIE, Olade…
  • Les cinq pays membres du GECF, principaux pays producteurs de gaz, Algérie, Russie, Qatar, Iran, Venezuela, détiennent 73% des réserves de gaz et 42% de la production.
  • Les pays membres sont l’Algérie, la Russie, l’Iran, le Venezuela, le Qatar, l’Egypte, la Lybie, la Guinée équatoriale, le Nigeria, la Bolivie, Trinidad Tobago. Les pays observateurs sont notamment la Norvège, les Emirats arabes unis.
  • Pour la première fois, la 22e réunion ministérielle GECF d’Alger, organisée les 11 et 12 novembre dernier, s’est tenue sous formule visioconférence.
    Au cours de la première journée, une table ronde a été organisée avec deux sessions, l’une sur l’impact de la Covid-19 sur le marché international du gaz, l’autre sur les perspectives d’évolution du marché international du gaz. La journée du 12, la réunion ministérielle a porté sur l’examen de rapports techniques du GCEF.
    Elle a été clôturée par une conférence de presse animée conjointement par le Président actuel de l’organisation et ministre de l’Energie et le Secrétaire général de cette organisation, Abdelmadjid Attar
  • L’Algérie organisera le sommet des chefs d’Etat du GCEF, prévu à Alger en 2023. Mohamed Hamel, ancien responsable de Sonatrach et ancien expert de l’Opep, est désigné Président du comité exécutif du GECF. K. R.