Par Sihem Bounabi
Dr Halimi, cheffe de l’unité Covid-19 de l’hôpital Mustapha -Bacha, a tiré la sonnette d’alarme sur l’automédication des malades avec des symptômes de la contamination à la Covid-19. «Il y a de plus en plus de malades qui prennent des traitements aléatoirement. Ils vont chez le pharmacien et prennent de l’azithromycine. Ensuite, ils arrivent à l’hôpital avec des complications qui nécessitent une prise en charge hospitalière au niveau des services de réanimation», a-t-elle déclaré lors d’une
interview accordée au journaliste de
la Chaîne III Ahcène Chemache. La responsable de l’unité Covid affirme également que «de plus en plus de personnes contaminées par le coronavirus, dont des personnes âgées mais, également, des jeunes, sont hospitalisées», précisant que «depuis la veille de Ramadan, le service de réanimation a atteint le seuil de saturation».
De son côté, l’infectiologue Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, souligne que l’alerte a déjà été donnée depuis plusieurs mois sur les abus de l’automédication et de la prise injustifiée de l’azithromycine. Il affirme que cela avait commencé par le fait que de nombreux médecins traitent en ambulatoire le patient suspecté de Covid avec de l’azithromycine alors que cela n’a aucune raison scientifique. Expliquant que «l’on ne traite pas les malade de Covid avec simplement de l’azithromycine. Le traitement des malades Covid hospitalisés est une association de la chloroquine et l’azithromycine. Mais l’azithromycine seule n’existe pas, ni sur le territoire national ni au niveau international». Il déplore dès lors «une utilisation abusive d’une antibiothérapie qui n’a aucune raison d’être par des médecins d’abord et ensuite par des citoyens alors que cela n’est pas du tout justifié». Il dénonce également une autre dérive de l’automédication qui est «la prescription des pharmaciens d’antibiotiques alors qu’il n’a pas le droit de donner certains antibiotiques sans ordonnance médicale». Ainsi, les conséquences de cette consommation abusive, c’est que, d’une part, cela ne soigne pas les malades Covid et, d’autre part, cela entraînerait inéluctablement un développement des résistances important aux médicaments».
Dr Mohamed Yousfi rappelle également que l’une des dérives importantes constatées a d’abord été au début de la pandémie, de l’utilisation abusive des tests de scanner qui étaient faits par les citoyens sans prescription médicale. Cela n’a été rectifié qu’au mois de juillet passé.
Concernant la situation épidémiologique, Dr Mohamed Yousfi souligne que «chaque semaine, depuis le début de la pandémie, on répète inlassablement de respecter les mesures barrière tant que l’épidémie est présente, qu’elle soit faible, en plateau ou en progression, car c’est la seule manière de juguler la progression du virus en attendant l’accélération de la campagne de vaccination qui est toujours à l’état embryonnaire». L’infectiologue déplore ainsi que la majorité des Algériens ont totalement abandonné le respect des mesures barrières, surtout concernant le port du masque et la distanciation physique. Il déplore également «l’absence des pouvoirs publics pour la mise en application des mesures barrières», soulignant qu’«il y a un abandon flagrant des services de sécurité pour le contrôle du respect des mesures barrières et de l’application de la loi, que ce soit dans les commerces, dans les transports en commun ou dans les espaces publics». n