Par Bouzid Chalabi
L’année 2022 sera-t-elle synonyme d’une hausse de l’inflation eu égard à la montée exorbitante des cours sur les marchés mondiaux des matières premières végétales, intrant et engrais, dont notre agriculture est grandement dépendante ? De nombreux indices vont dans ce sens, notamment le coût à la production chez les agriculteurs qui a déjà annoncé la couleur par des augmentations aussi subites que fortes des intrants importés. C’est surtout le cas pour les engrais dont le prix de référence est passé de 3 700 à 8 000 DA le quintal, mais importé au prix réel de 14 000 DA/q.
A propos de cette différence entre le prix à l’importation et celui cédé aux agriculteurs, il faut savoir qu’elle est prise en charge par l’Etat dans le cadre de sa politique de subvention accordée aux producteurs agricoles et autres, afin de ne pas trop pénaliser les agriculteurs auxquels il est demandé de viser une meilleure productivité agricole «garante d’une stabilité de l’approvisionnement à des prix stables et à l’abri de l’inflation», soutiennent à l’unanimité des agro-économistes. Toujours est-il que ce renchérissement sur les matières premières aura certainement un impact significatif sur les grandes cultures, en l’occurrence céréales, fourrages -par conséquent, la viande rouge-, pomme de terre et la culture du canola, récemment introduite en Algérie afin de réduire quelque peu la facture élevée en devises de l’importation des graisses végétales. Et il faut donc s’attendre à ce que les prix grimpent sur les étals des commerces au détail.
C’est ce préviennent de nombreux experts en agronomie, interrogés sur le contrecoup de l’envolée des cours des matières premières agricoles sur le marché local des denrées alimentaires. Ce faisant, il s’agit de savoir comment le gouvernement de Aïmene Benabderrahmane, dans son rôle de régulateur, va procéder pour stabiliser un marché de produits frais dont les prix s’envolent dangereusement ? On avance, dans ce sens, de relever les subventions des intrants. «Une solution de replâtrage d’urgence», jugent de concert des économistes, car pour eux, «l’effet souhaité ne sera que dérisoire». Pour certains experts, le remède idoine serait de relever substantiellement les rendements agricoles «seuls à même de moduler les prix à la consommation». Dans ce même ordre d’idées, ils préconisent de diminuer peu à peu la dépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur, notamment en ce qui concerne les intrants, semences, pesticides, pièces de rechange et la grande majorité des engrais, les solubles, les tertiaires… «C’est d’autant plus indiqué dans la mesure où l’on ne fournit à l’agriculture que les bras, le mazout et le sol mais pas la matière grise qui demeure en jachère», déplore l’agronome Mohamed Arkoub, lors de l’une de ses sorties médiatiques. Et de relever dans la foulée : «Avec un tel état des lieux, le moindre soubresaut sur le marché mondial nous atteint de plein fouet.» Soulignant par ailleurs : «Les prix des produits agricoles subissent généralement l’effet yoyo. Preuve en est, l’année 2021 a vu les prix
atteindre des niveaux insupportables pour les ménages algériens sans montrer de signes d’un fléchissement raisonnable.»
Disons enfin, sans tomber dans la sinistrose, que la conjugaison du facteur coût à la production, qui n’a cessé de croître ces dernières années, qui va persister et celui de la mise en place de la fiscalité sur l’activité agricole à partir de janvier prochain vont impacter les prix sur les étals qui risquent de s’envoler. Ce que redoute la population déjà en prise à la baisse de son pouvoir d’achat.