Au lendemain d’un record absolu des cours mondiaux des céréales, sous l’effet de l’invasion russe en Ukraine, les prix du blé meunier étaient en baisse à l’ouverture sur Euronext vendredi dernier. De quoi rassurer un pays comme l’Algérie qui est le 3e plus grand pays importateur de céréales primaires (blé tendre et dur).

Par Bouzid Chalabi
C’est le moins qu’on puisse dire, car avec des prix aussi élevés, soit 350 euros la tonne pour le blé tendre et 450 euros/t pour le blé dur, qui pourraient s’installer dans la durée tant que le conflit russo-ukrainien ne sera pas apaisé, cela va à sûrement mettre en très mauvaise situation l’Algérie, compte tenu de ses gros volumes d’importations qui lui sont nécessaires.
Comment ? En 2021, ce sont près de 7 millions de quintaux qui ont été réceptionnés chez nous. Pis encore, ce total de tonnage importé, au titre de l’année dernière, va sans aucun doute augmenter, dès lors où les moissons-battage de 2021 se sont soldées par un piètre résultat. Qu’on en juge. Une cueillette de 11 millions de quintaux pour les besoins réels du pays en la matière de près 70 millions de quintaux. Un écart dont le pays n’aura d’autre alternative pour le combler que de se tourner vers l’importation. A moins qu’on ne dispose de stock assez suffisant qui puisse lui permettre de limiter ses volumes d’importation, au moins jusqu’à ce que les cours mondiaux connaissent une baisse.

Assurance sur les stocks de blé
Sur ce dernier point, des spécialistes, interrogés par la chaîne de télévision Chourouk News ont rassuré que quand bien même la campagne moissons-battage 2022 soit identique en termes de volumes de récolte, en raison d’une éventuelle sécheresse, « le pays sera à l’abri d’une crise du blé sur les marchés mondiaux, provoquée en substance par deux grands exportateurs, en l’occurrence la Russie et l’Ukraine. Ces derniers fournissent le marché à partir des ports de la mer Noire, où les armateurs, par mesure de prudence, vont laisser à quai leurs vraquiers jusqu’à nouvel ordre». Autrement dit, les spécialistes attestent à l’unanimité que l’Algérie arrivera à satisfaire ses besoins en céréales tout au moins pour toute cette année 2022.
Notons que l’Office national interprofessionnel des céréales (OAIC), selon des sources concordantes, aurait anticipé la probabilité d’un marché mondial des céréales agité, il y a trois mois et affirme disposer d’un stock suffisant. Toujours selon ces sources, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) affirme que la crise entre la Russie et l’Ukraine n’affectera pas les importations de céréales de l’Algérie, d’autant que l’Algérie adopte une politique de diversification de ses partenaires commerciaux dans ce secteur. « Le nouveau cahier des charges ouvre la porte à la concurrence pour plusieurs fournisseurs étrangers», affirme-t-on encore. Ce faisant, la conjoncture actuelle de tension militaire pouvant se traduire par des envolées sur les prix des céréales est une sorte d’avertissement pour le pays afin de l’inciter à revoir sa stratégie de production céréalière pour tout au moins ne plus rester à la merci des fluctuations des cours mondiaux des céréales. Dans cette optique, il devient tout à fait indiqué d’augmenter la superficie emblavée en céréales, d’introduire de nouvelles techniques qui puissent assurer des rendements à l’hectare appréciables et, enfin, se consacrer à développer la culture céréalière dans le Grand-Sud. Des zones, où l’irrigation d’appoint est possible, le système par pivot ayant donné entière satisfaction puisque le rendement moyen se rapproche des 50 quintaux à l’hectare. Dépassant ainsi l’insignifiante moyenne réalisée dans le nord du pays. Toujours dans ce même sillage d’augmenter la production céréalière du pays, un pas vient d’être franchi dans ce sens. En effet, l’Etat a décidé tout récemment d’augmenter les prix d’achat des céréales, notamment le blé dur et tendre auprès des agriculteurs. Ainsi, le prix d’achat du blé dur est passé de 4 500 à 6 000 DA le quintal, le blé tendre de 3 500 à 5 000 DA le quintal, l’orge de 2 500 à 3 400 DA le quintal et l’avoine de 1 800 DA à 3 400 DA le quintal. Néanmoins cela reste insuffisant si l’on veut réellement que le pays s’éloigne de sa dépendance aux importations de céréales. Ce qui est sûr, c’est que concernant le blé dur, c’est à la portée du pays dans le court terme mais pas pour le blé tendre, dont la culture a ses préalables, dont une forte irrigation. Ce qui n’est pas possible compte tenu de nos faibles ressources hydriques. En définitive, l’objectif le plus réaliste serait d’exporter notre surplus de blé dur afin de pouvoir importer du blé tendre en quantité suffisante sans trop grever le budget de l’Etat.