Conséquence directe de la hausse du nombre de malades contaminés par la Covid-19, enregistré ces derniers jours, les hôpitaux sont au bord de la saturation, à l’instar de l’hôpital référent pour cette pandémie du coronavirus, en Algérie, l’EPH de Boufarik, dans la wilaya de Blida.

Mohamed Yousfi, chef du service infectiologie de l’hôpital de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), nous a affirmé, hier, qu’«il n’y avait plus de place au niveau de l’hôpital pour accueillir les malades atteints de la Covid, les lits de tous les services Covid sont occupés. Aujourd’hui, on a été obligé de transférer les malades vers d’autres hôpitaux de la wilaya de Blida. Alors qu’il y a quinze jours, l’hôpital affichait un taux d’occupation autour de 30 à 40%.»
Le président du SNPSSP nous explique que cette situation est en train de s’étendre aux hôpitaux d’autres wilayas. Le médecin spécialiste en maladie infectieuse rappelle qu’il y a eu le même scénario, il y a quelques mois, soit au mois d’avril passé, alors que l’on était en décrue, mais le relâchement constaté à la fin du mois de Ramadhan et le jour de l’Aïd El Fitr a été suivi par une flambée de cas. Il nous confie à ce propos : «On s’attendait à cette reprise et l’augmentation de cas, mais elle a été accélérée par le non-respect des gestes barrières.»
Le Dr Mohamed Yousfi ajoute que «notre plus grande crainte est que le personnel soignant, qui est déjà fortement sous pression et fatigué, arrive au bord de l’épuisement avec tout ce que cela implique comme conséquence sanitaire.» Il nous cite en exemple la wilaya de Blida qui est, proportionnellement à sa population, la plus touchée au niveau national. Elle n’a pas connu de répit depuis le premier foyer de contamination détecté à l’hôpital de Boufarik au mois de mars dernier. Et particulièrement cet hôpital. Avec la diminution de cas, le Dr Mohamed Yousfi nous précise : «Alors que dans la plupart des wilayas beaucoup de lits et de services consacrés aux malades Covid ont été fermés pour reprendre leurs activités habituelles, à l’hôpital de Boufarik, il n’y a pas eu de répit, il est resté entièrement consacré aux malades contaminés par la Covid-19.» Il ajoute, «il y a quelques jours, on allait rouvrir le service chirurgie qui était devenu un service Covid, mais au vu du constat d’aujourd’hui, on est obligé de continuer de le consacrer aux malades contaminés par le coronavirus».
Le spécialiste en infectiologie insiste sur le fait qu’aujourd’hui «en termes de dispositif, il faut être réactif par rapport à l’évolution de l’épidémie».
Le Dr Mohamed Yousfi estime également que la hausse constatée ces derniers jours est une conséquence directe du «non-respect des mesures barrières de la part des citoyens mais aussi de l’absence de contrôle par les pouvoirs publics». Il lance ainsi un appel aux pouvoirs publics d’appliquer le strict respect du protocole sanitaire et des gestes barrières, car les hôpitaux seront bientôt débordés et saturés.

«On risque d’être rapidement dépassés»
Le même appel est lancé par le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat des praticiens de la santé publique (SNPSP) pour le respect strict du protocole sanitaire. Il souligne à ce sujet que «la crainte est que l’on risque d’être rapidement dépassés. Nous avons été dans une situation assez difficile comme au début de l’épidémie. Cela fait deux semaines que nous sommes dans une ascension du nombre de malades contaminés et nous craignons que cela soit une flambée encore plus importante que par le passé».
Selon le Dr Lyes Merabet, la hausse de la propagation du coronavirus va drainer un nombre de malade important. Il faudra faire face à cet afflux avec toute une organisation, au niveau de l’exploration, de l’hospitalisation, des enquêtes épidémiologiques. Il indique que «cela va remettre la pression sur les professionnels de la santé qui sont déjà extrêmement fatigués tout en multipliant les cas de contaminations parmi le personnel de la santé. Cela va aussi compliquer la situation pour certains et, malheureusement, nous continuons à comptabiliser les décès parmi les citoyens, mais aussi les professionnels de la santé». Il rappelle ainsi que le respect des gestes barrières est le seul moyen d’endiguer la circulation du virus. Le Dr Lyes Merabet relance son appel aux pouvoirs publics pour l’application de manière «stricte et absolue les lois de la République, en matière de port de bavettes et du protocole sanitaire décidé pour les transports, le commerce, les lieux publics et les écoles».
Le président du SNPSP estime qu’aujourd’hui «il est plus que vital d’appliquer la réglementation et la loi pour faire respecter le protocole sanitaire, y compris réprimer à travers des procès, des fermetures ou de mise à l’arrêt des transports, tout en continuant à communiquer, sensibiliser et éduquer».
Il ajoute qu’«aujourd’hui, on est très en retard par rapport à l’évolution de la situation épidémiologique. On a un retard à rattraper et il faut se mettre rapidement au travail plus sérieusement. Cela devient urgent». Concluant que l’«on est tous responsables et tout le monde doit assumer ses responsabilités».
Samedi, le ministre de la Santé, qui intervenant pour la deuxième en moins d’une semaine, ne cachait plus son inquiétude affirmant que «la hausse des cas de Covid-19 est inquiétante». Imputant cette situation au relâchement, le Pr Benbouzid a expliqué que «ce ne sont pas les 275 cas confirmés de vendredi qui font peur, mais c’est ce qui nous attend à l’avenir si l’on continue de la sorte», c’est-à-dire à ignorer les mesures de prévention et surtout le port du masque. Tout comme le ministre a révélé l’apparition «de nouveaux foyers dans les wilayas de M’sila et Jijel». Enfin, le Pr Benbouzid a rappelé que le secteur de la santé paye un lourd tribu et a enregistré 103 décès parmi ses différents personnels entre médecins, infirmiers, ambulanciers, agents de sécurité et autres travailleurs. Il a ajouté qu’actuellement, on compte environ 7.100 cas d’infections parmi ces personnels, tous corps confondus, depuis que le virus a commencé à se propager dans le pays à la fin de février dernier.