La Cour des comptes aura un président élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. La publication du rapport annuel se fera chaque fin d’année. Son autonomie sera renforcée. Comme d’autres prérogatives lui seront accordées. Telles sont les retouches introduites dans le projet de révision constitutionnelle au titre de son article 199 portant sur la mission de la Cour des comptes.

«Nous allons ainsi pouvoir assumer notre mission sans contraintes et avec plus d’efficacité», a déclaré Abdelkader Benmarouf, président de cette institution, à l’occasion de son passage hier lundi au Forum de la Radio nationale Chaîne I. Dorénavant, a-t-il indiqué, la Cour des comptes «ne sera plus sous l’emprise d’injonctions venues d’en haut. Une pratique qui a fini par lui faire perdre sa crédibilité aux yeux des citoyens. Et cela au moment où sa principale mission étant de faire barrière à la dilapidation des deniers publics, au gaspillage des finances publiques ainsi que diverses formes de fraudes et de pratiques illégales». Sur ce dernier point, l’invité du Forum a révélé que «des détournements mis à nu par la Cour sont restés sans poursuite judiciaire, voire même étouffés». «C’est ce qui explique en grande partie la prolifération de la rapine ces dernières années surtout dans la passation des marchés publics», a-t-il ajouté. Benmarouf n’a pas manqué d’indiquer qu’«un grand nombre de marchés attribués ont connu une réévaluation de leur exécution. Et comme cela ne suffisait pas aux prédateurs, tel ou tel marché a connu deux ou trois réévaluations tant les études étaient réalisées à la va-vite mettant de côté quelques paramètres qui devaient être incontournables». Concernant les nouvelles prérogatives, le conférencier a annoncé qu’elles seront dévolues «aux neuf chambres de wilaya de la Cour des comptes. Ce qui va permettre un meilleur contrôle des collectivités locales dans leur budget de fonctionnement. Autrement dit, un droit de regard plus approfondi dans la traçabilité de leurs dépenses inhérentes aux projets structuraux.» Il rapporte aussi qu’au niveau des collectivités locales, le suivi du contrôle et les orientations sont ignorés. «Rendant parfois notre travail pas aussi efficace qu’escompté», déplore-t-il. A partir de ce constat, le président a indiqué : «Nous allons donner plus de prérogatives à nos neuf chambres de wilaya.» Ajoutant : «Ce qui rendra le contrôle à distance moindre.» Benmarouf a également signalé que «si nous voulons que notre mission porte ses fruits, il nous faudra davantage de coordination entre nos services et ceux des finances, c’est-à-dire avec l’Inspection générale des finances (IGF)». Au registre de rendre efficace le travail d’investigation des inspecteurs de la Cour des comptes, Benmarouf a annoncé la future mise en place d’une méga plateforme de données. Elle sera gérée par l’outil numérique. « Avec un tel instrument, il nous sera permis d’actualiser nos données et aussi de procéder à des changements dans notre mode opératoire comme cela se fait dans de nombreux pays où existe une Cour des comptes.» Ce dernier a enfin estimé que la Cour des comptes, par l’introduction de retouches, va être plus présente sur le terrain du contrôle des deniers publics. «Notre marge de manœuvre sera ainsi clairement balisée», a enfin résumé à Reporters le président de la Cour des comptes.
Il importe de rappeler que cette institution n’a jamais publié ses rapports annuels sous l’ère du Président déchu alors qu’ils lui étaient rendus régulièrement. n