La chambre d’accusation près la Cour d’Alger examinera aujourd’hui la demande de liberté provisoire concernant des manifestants arrêtés le 13 septembre dernier à Alger, apprend-on du collectif de défense des prévenus.

Il s’agit, de 24 manifestants interpelés, que le juge d’instruction près le tribunal Sidi-M’hamed avait placé en détention préventive en date du 15 septembre. Ces derniers sont poursuivis pour «incitation à attroupement» et «atteinte à la sécurité de l’Etat», énoncés dans les articles 96 et 87 du code pénal. Le magistrat instructeur près le même parquet poursuit, en parallèle, les auditions dans le fond des détenus arrêtés lors des actions de mobilisation populaire, en vue de se prononcer sur leur sort. Le juge d’instruction a la prérogative de prononcer une ordonnance de non-lieu ou de renvoyer le dossier devant le tribunal correctionnel.
Les avocats approchés par Reporters soulignent, par ailleurs, que les manifestants arrêtés lors du 18e vendredi de manifestations populaires boucleront, le 23 du mois courant, les quatre mois de la durée de la détention préventive. Juridiquement, le magistrat a la prérogative de renouveler une seule fois le mandat de dépôt pour une période de deux mois. Pour Maître Youcef Sahli, l’un des avocats qui s’est constitué dans le collectif de défense des détenus, le juge d’instruction «programmera une date pour le procès des prévenus ou prononcera un non-lieu». Le même avocat déplore, par ailleurs, une «justice à deux vitesses», s’interrogeant sur les raisons qui font que «les manifestants arrêtés pour les mêmes chefs d’inculpation dans d’autres wilayas pendant les marches de mobilisation populaires ont retrouvé la liberté et leur procès accéléré, tandis que ceux d’Alger restent dans l’expectative et où la procédure connaît une lenteur qu’on déplore». Il condamne également le «recours abusif» à l’ordonnance de détention préventive, conçue dans le code des procédures pénales comme «une mesure d’exception», mais qui est étrangement devenue la «règle». Pour Me Sahli, ces procès sont de «nature politique» et nécessitent une décision politique. «La réponse doit être politique et non judiciaire», insiste Me Sahli. Sur un autre registre, il déplore l’absence de «réaction officielle» des ONG internationales, concernant les interpellations qui touchent les activistes, militants et citoyens participant à des marches pacifiques. «Les ONG doivent se prononcer sur toutes les violences faites à l’égard des droits de l’Homme, les dépassements contre les libertés collectives et individuelles», estime l’avocat. Pour lui, le silence dans lequel se murent les ONG onusiennes confère un «caractère légal» aux arrestations opérées jusque-là. «Vendredi dernier, la Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, a appelé les autorités égyptiennes à changer radicalement d’approche face aux manifestations, demandant la libération immédiate des personnes détenues pour avoir exercé leur droit à manifester, mais ce n’est pas le cas pour l’Algérie», note Me Sahli. Evoquant une possibilité que ce silence soit dû au «blocus médiatique en raison de l’absence de la presse internationale couvrant le mouvement populaire en cours», il appelle à une réaction de cet organe onusien. «Solliciter l’intervention d’une institution onusienne ne peut être interprété comme une demande d’ingérence du moment que l’Algérie est un membre permanent de l’ONU», soutient l’avocat. n