Les coups de gueule du ministre de la Santé n’en finissent pas. Et ses mises en garde répétées semblent inaudibles…

PAR INES DALI
Lors de ses dernières sorties sur le terrain, il a eu bien des surprises. Et pas que de bonnes, au contraire. L’état dans lequel il a trouvé les hôpitaux, notamment certains services comme les urgences médicales, ainsi que l’accueil des malades l’ont conduit à passer du stade des mises en garde à celui de la prise de décisions fermes allant jusqu’au limogeage.
Après ses visites d’inspection au niveau de nombreux établissements de santé à travers les wilayas, le ministre Abderrahmane Benbouzid a qualifié de «regrettable» la situation déplorable qui caractérise ces lieux d’accueil et de prise en charge des malades. Il a pourtant averti, à maintes reprises, que des sanctions seront prises à l’encontre des responsables défaillants, mais rien n’y fit. Le constat sur le terrain est accablant et les «justificatifs» qui lui ont été présentés ne l’ont pas convaincu. Comme ce fut le cas au Centre hospitalo-universitaire Ibn Badis de Constantine où il s’est rendu vendredi.
C’est un véritable ras-le-bol que le ministre a manifesté envers cette résistance qu’opposent les hôpitaux à ses directives et instructions qui plaident pour l’amélioration des services au niveau des structures sanitaires. Cela fait plusieurs mois qu’il tient, de façon périodique, des réunions avec les directeurs de santé publique des wilayas et les directeurs des établissements de santé. La semaine dernière, il a procédé illico-presto au limogeage du directeur du CHU Ibn Rochd d’Annaba, ayant constaté, entre autres, le manque d’hygiène inexcusable prévalant notamment au niveau du service des urgences et celui de mère-enfant. Les hôpitaux démontrent qu’ils sont en train de manquer à leur devoir envers les malades.
Lors de son inspection au CHU de Constantine, la situation n’était pas meilleure qu’ailleurs. Plusieurs exemples mettent à nu la gestion qui y prévaut. Le ministre a trouvé des médicaments en vrac dans un petit carton et non dans leur boite d’emballage, lui faisant remarquer sur un ton qui en disait long que cette méthode de faire ne permettait pas une traçabilité du médicament. Ce à quoi il y a eu réplique d’un employé pour tenter une justification. Une tentative vaine que le ministre a stoppée net en répliquant à son tour : «J’ai vu de mes propres yeux !».
En visitant un bloc opératoire, il s’est montré surpris et surtout indigné de l’état d’insalubrité et de dégradation dans lequel il se trouve. La surprise était de taille : «On continue d’exercer dans ces conditions ? Il y a encore des robinets comme ça en Algérie ?», a-t-il demandé en s’adressant aux responsables, avant de rappeler que cela fait des mois que son département ministériel les a appelés à ne pas faire preuve de laisser-aller et de négligence. Là encore, il y a eu une autre tentative de justification… mais peut-on réellement justifier qu’un robinet d’eau soit à peine fonctionnel de surcroit dans un bloc opératoire ? Cela demande-t-il de grands moyens pour changer un robinet ? La réponse est évidente et ne saurait souffrir aucune ambiguïté.
Alors que pour l’ensemble des remarques affligeantes que le ministre a eu à faire en montrant on ne peut plus clairement son mécontentement, son ton est monté de plusieurs crans d’un seul coup lorsque visiblement une énième tentative d’on ne sait quels justificatifs s’est encore produite. Il a piqué une colère noire. Une colère telle qu’on ne lui a encore jamais vue. «Je suis le premier responsable du secteur ! C’est moi le ministre et j’ai tout vu de mes propres yeux ! Ne vous mêlez pas !», a vociféré Abderrahmane Benbouzid après la multitude de constats amers, déplorables.
Pourtant, pas plus loin que la semaine dernière, il a fait part de son mécontentement lors de sa réunion périodique avec les directeurs d’hôpitaux par visioconférence et lancé des avertissements que des sanctions seraient prises à l’encontre les responsables négligents. Il n’est plus possible que les structures sanitaires continuent à être gérées de la sorte avec des conditions d’accueil inacceptables, un manque d’hygiène au niveau des urgences médicales et des blocs opératoires, des équipements médicaux en panne comme les scanners et autres, a souligné Benbouzid lors de ses sorties sur le terrain, tout en assurant que «les mesures nécessaires seront prises pour améliorer la situation».
Il a indiqué que «70% des malades se dirigent actuellement vers les CHU, ce qui créé, a-t-il estimé, «une grande pression», alors que «ces hôpitaux universitaires sont censés être réservés à la formation, à la recherche et aux stages, surtout qu’ils sont dotés d’équipements médicaux de haut niveau destinés aux opérations lourdes». Pour diminuer la pression sur les CHU, il a affirmé que ses services «œuvrent à rapprocher le médecin du malade à travers le renforcement des établissements de santé de proximité qui offrent plusieurs services médicaux dont la radiologie, en plus d’une permanence de 24h/24». Mais en attendant qu’il y ait moins de pression sur les structures en question, cela n’excuse, toutefois, en rien la négligence dont il est fait preuve au niveau de leur gestion. n