Est-ce qu’il y aura des supporters de l’équipe de France à Doha ? Sans doute. Mais beaucoup moins qu’en Russie, qu’au Brésil ou qu’en Afrique du Sud. Les effectifs des Irrésistibles Français (IF), principale association des supporters des Bleus (1100 adhérents), vont fondre comme neige au soleil à Doha. Les raisons sont multiples, nous y reviendrons, mais le constat est amer pour les amoureux des Bleus. L’équipe de France n’aura pas le même soutien que lors de son épopée russe car si les IF ne représentent qu’une partie des supporters de l’équipe de France dans les grandes compétitions internationales, ils en sont tout de même l’élément moteur. La voix de ceux qui chantent pour les champions du monde.
« On était 600 en Russie, on sera 50 au mieux au Qatar, nous confie Anne Costes, vice-présidente de l’association. Moi, par exemple, j’ai fait toutes les compétitions depuis la Coupe du monde 2006 et je n’irai pas au Qatar car c’est beaucoup trop cher. » En cause, le prix des billets (de match et d’avion) et les solutions d’hébergement proposées par la FIFA. « Assister à la finale revient par exemple à lâcher 3 000 euros ! 620 euros pour un billet de match (contre 400 en Russie), 1500 euros environ pour le billet d’avion et le Qatar nous oblige à prendre au moins trois nuitées sur place, ce qui est inédit et aberrant alors qu’on risque de manquer d’hébergement. Du coup, la facture monte très vite et moi, je ne peux pas me le permettre », nous confie la vice-présidente.
DES LOGEMENTS DANS TOUTES LES GAMMES DE PRIX MAIS…
Dans la catégorie supporters, le prix des matches des poules a baissé par rapport aux tarifs appliqués en Russie en passant de 90 à 60 euros. Mais à partir des 8es, ils ont augmenté de 10%. «Ce n’est pas la Coupe du monde des supporters mais des riches ou des influenceurs», tranche Kin, ancien membre des IF qui fera lui aussi l’impasse l’hiver prochain pour la première fois depuis 2014. L’offre d’hébergement est pourtant variée pour accueillir les 1,2 million de supporters attendus dans un pays qui ne compte que 3 millions d’habitants.
Elle oscille entre 76 euros la nuit pour des lits simples en acier dans des studios à des chambres de luxe dans des villas ou même sur deux bateaux de croisière (900 euros/nuit) qui stationneront dans le port de Doha. Mais le problème est ailleurs pour les supporters : « On ne peut réserver des hébergements que si on a des billets de match, nous renseigne Anne Costes. Or, il faut attendre le 31 mai pour savoir si on a réussi à obtenir un billet. Je n’ai aucune assurance qu’il restera alors des hébergements et les logements les moins chers sont loin de Doha. »
J’AI UNE FIERTÉ, UN HONNEUR. L’ARGENT N’ACHÈTE PAS TOUT.
Le gouvernement qatari et la FIFA ont réservé 130 000 chambres dans des hôtels ou des appartements pour la compétition. Cela risque de ne pas suffire pour absorber le flux massif de supporters et ils pourraient mettre en place des camps dans le désert réservés aux supporters. « Il est effectivement proposé un camping mais rien n’est expliqué, on voit simplement une tante dans le désert sans connaître les prestations, continue la vice-présidente des IF. Enfin, les hébergements de groupe n’existent pas au-delà de 6 personnes et pour un groupe comme le nôtre, c’est problématique. »
Reste une dernière barrière : le boycott pur et simple de la compétition. « Moi, comme beaucoup d’autres IF, je n’y vais pas car je ne me reconnais ni dans cette organisation ni dans cet état qu’est le Qatar, nous confie Kin. Je suis sensible au sort des travailleurs migrants qui ont travaillé sur les chantiers des stades dans des conditions déplorables. Et puis, j’ai été choqué par le programme appelé «Fan leader». Le Qatar a invité pour le tirage au sort des supporters de différentes nationalités pour visiter les différents lieux de la Coupe du monde, en contrepartie d’une communication positive sur les réseaux sociaux. Ils les ont déguisés, ils ont fait des clips grotesques avec eux. J’ai une fierté, un honneur. L’argent n’achète pas tout. »
Si l’association des Irrésistibles Français n’a pas décidé d’un boycott, de nombreux membres ont pris, comme Kin, la décision de ne pas cautionner une « Coupe du monde du fric ». « Mais les stades seront plein et, au pire, ils donneront des drapeaux et déguiseront des personnes lambda », conclut, désabusé, Kin. Pour lui, comme pour de nombreux autres supporters, ce Mondial a déjà un goût amer. n