Le Maroc aura un rendez-vous avec l’histoire et l’opportunité de se qualifier pour la deuxième fois en huitième de finale de Coupe du Monde après l’édition 1986 ce soir. Pour cela, il faudra faire nul ou battre le Canada (16h00). Tout de suite après avoir pris les rênes techniques des «Lions de l’Atlas», Walid Regragui devrait relever le défi de briller dans une importante échéance. On est quelque peu dans le même cas de figure de Djamel Belmadi à ses débuts. Même si son homologue a trouvé une équipe prête.

Par Mohamed Touileb
Ils sont de la même génération et ont les mêmes discours avec les mêmes intentions et intonations. Ce qui les aiguille, c’est le succès. Walid Regragui (47 ans) est ce qu’était Djamel Belmadi (46 ans) à ses débuts avec l’Algérie. Malgré la difficulté du challenge, le sélectionneur des «Lions de l’Atlas» s’en sort admirablement bien avec ses protégés en Coupe du Monde 2022 à la veille d’affronter le Canada pour une place en 1/8e de finale. Un tournoi que Belmadi et ses joueurs ont manqué pour des petits détails. Et le Marocain, qui sait que tout peut aller vite, n’a pas omis de relever leur existence dans sa sortie la plus récente.
Culture de la gagne
Les deux savaient où ils allaient avant même de prendre les rênes. Et c’est très important. A sa venue, Belmadi indiquait qu’il jouera la CAN-2019 pour la remporter. Un défi que beaucoup trouvaient difficile, voire impossible, à relever. Mais il y a cette conviction chez lui et son homologue marocain Regragui qui reste un ingrédient important pour triompher.
Avant d’imprégner les différentes variantes tactiques. Il y a l’aspect psychologique qui est privilégié. D’autant plus que, dans les tournois majeurs, l’implication et la recevabilité des joueurs aux différentes instructions restent très élevées. Après cela, vient le jeu et l’esthétisme qui ne sont pas franchement les priorités quand on est dans une phase finale.
D’ailleurs, le coach du Maroc le sait parfaitement.
«Dans ce genre de compétitions, entre faire le spectacle et gagner, ou atteindre ses objectifs, il faut choisir. Nous, on a choisi d’être un bloc équipe très cohérent. C’est difficile de nous bouger», a-t-il rappelé au micro de BeIN Sports après le superbe succès des siens face à la Belgique (2-0) samedi dernier. On est clairement dans la même approche que l’Algérie à la CAN-2019 où la sélection dégageait de la solidité sur le plan collectif et défensif.

Les détails et le destin
Et puis, il y a les détails qui peuvent faire basculer un match comme ce fut le cas pour les «Fennecs» en mars dernier contre le Cameroun. «Lorsque j’avais dit que le ballon peut frapper la barre et soit rentrer soit sortir, ne pensez pas que je suis fou. Les ondes positives et négatives comptent dans le football», relève Regragui qui a -d’ores et déjà- tiré les leçons qui ont fragilisé la posture de Belmadi sur le banc Dz après avoir atteint la constellation. Et, dans sa communication, il préfère prévenir.
Avant de croiser le fer avec les camarades de Kevin De Bruyne, l’ancien latéral droit de Toulouse FC et l’AC Ajaccio avait fait une déclaration qui a tout d’une anticipation. «Demain, si nous sommes tous avec notre équipe et tout le monde faisant confiance et dira «Inshaalah les joueurs se battront et le ballon atteindra le filet et nous gagnerons». Par contre, si certains diront «Inshaalah, cette tête d’avocat (sic) parle trop et Inshallah il perdra» pour me dire que je faisais le malin et m’interroger pourquoi nous avons sorti untel pour appeler untel, le ballon frappera la barre et sortira», notait-il.

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En tant qu’ancien footballeur (45 sélections avec le Maroc), il a déjà le background et la connaissance des mentalités qui peuvent aider dans les discours. Et comme les parallèles sont nombreux, il y a aussi le sujet des binationaux. Là en revanche, il est un peu plus «accueillant» que Belmadi. «Tous les binationaux ont une émotion particulière. C’est une énergie positive et vous devez en tirer parti», estime Regragui.
Également passé par le banc d’Al Duhail SC, le Marocain semble plus enclin à l’arrivée de nouveaux éléments en sélection. Chose qui ne caractérisait pas notre EN devenue «cercle fermé» lorsqu’elle ne tournait pas à plein régime avec Belmadi. Ce dernier n’avait jamais fait le forcing pour convaincre les potentiels sélectionnables.
Enfin, il y a le dernier point commun qui concerne le retour des «bannis». On pense notamment à Youcef Belaïli et Djamel Benlamri qui ont été relancés en équipe nationale et – plus récemment – Nabil Bentaleb. C’est le cas pour Ziyech, Mazraoui et Hamdallah avec les Lions de l’Atlas. Avec ces deux jeunes techniciens, c’est l’intérêt collectif et la plus-value qui priment.

Admiration réciproque
Désormais, pour Regragui, il y a le challenge de séparer l’émotionnel de la performance. Il est courant que les coachs développent des affinités avec leurs joueurs quand le groupe vit des moments intenses. Les longues campagnes comme la CAN ou le Mondial font courir ce risque car elles n’ont pas d’égal en matière de vécu.
Il y a quelque temps, Regragui avait estimé que «Pour moi, l’Algérie dispose du meilleur entraîneur en Afrique. Le travail qu’il a effectué avec la sélection algérienne force le respect. Franchement, j’ai beaucoup d’admiration pour Belmadi. Il a réalisé de belles choses avec les Verts, notamment une victoire à la CAN en 2019 et un record d’invincibilité dans le continent. Je pense qu’il peut encore apporter à l’Algérie. J’espère qu’il va continuer à diriger la barre technique de l’équipe nationale d’Algérie pour d’autres succès». Le respect est mutuel.