Une surprise ! Et non des moindres : le Président de la République a mis fin, hier, aux fonctions du ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, fraichement désigné pour remplacer Aïmene Abderrahmane qui cumulait les deux fonctions du Premier ministre et de ministre des Finances.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans un communiqué diffusé, hier, la Présidence de la République a indiqué : «Conformément aux dispositions de l’article 91, alinéa 07 de la Constitution et après consultation du Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a signé ce jour un décret présidentiel mettant fin aux fonctions du ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, chargeant le secrétaire général du ministère des Finances de gérer les affaires du ministère par intérim». Le communiqué de la Présidence ne souffle mot sur les raisons de ce limogeage. Le désormais ministre des Finances aura passé ainsi quatre mois seulement à la tête de ce département ministériel après avoir pris ses fonctions le 19 février dernier. Avant lui, le poste était occupé par Aïmene Benabderrahmane depuis juin 2020, parallèlement à ses fonctions de Premier ministre depuis juin 2021. Le jour où Abderrahmane Raouya a été rappelé au ministère des Finances qu’il avait déjà occupé sous Bouteflika, sa mission était d’insuffler une nouvelle dynamique aux réformes qui devaient être lancées dans le secteur, dont la réforme fiscale tant promise, ainsi que la réforme bancaire et financière. Il était aussi chargé de parachever les projets de numérisation du secteur avec toutes ses composantes (douanes, impôts, budget…) ; laquelle digitalisation était considérée comme étant «le premier défi» à relever pour le secteur des finances. Cependant, il est peu probable qu’Abderrahmane Raouya soit limogé pour avoir failli à ses engagements en faveur du parachèvement des réformes, puisque son passage au ministère des Finances n’aura duré que quatre mois seulement. D’autant plus que durant ses deux précédents passages au ministère des Finances, de mai 2017 à mars 2019, puis de janvier à juin 2020, il avait participé aux réformes des finances publiques ainsi qu’à la mise en place des plans de modernisation des administrations fiscale, domaniale, budgétaire et douanière et à l’introduction des produits de la finance islamique au sein du système bancaire. Il avait contribué aussi à l’élaboration de plusieurs nouvelles lois économiques, notamment celles relatives aux secteurs des hydrocarbures et des mines. Ces éléments font planer moult questionnements sur les raisons ayant conduit du limogeage du ministre des Finances qui seraient liées à des considérations autres que celles en relation avec les réformes auxquelles il avait été rappelé. Il a justement participé, hier, à la cérémonie de clôture du jumelage institutionnel entre son ministère et le programme d’appui de l’Union européenne (P3A). Difficile de s’aventurer dans cette quête de connaitre les véritables raisons de la destitution d’Abderrahmane Raouya ; nos sources se sont montrées très surprises, affirmant ignorer les causes d’une telle rechute. En tout cas, il aura été le ministre qui a marqué le département des Finances pour avoir cumulé trois passages, dont deux seraient très courts, soit de cinq et de quatre mois seulement. Le ministre des Finances a été limogé dans un contexte d’attente d’un remaniement du gouvernement que l’on ne cessait de dire qu’il était imminent. Notamment depuis que le Président a affirmé lors d’une de ses rencontres avec la presse que certains ministres n’ont pas été à la hauteur des missions qui leurs ont été attribuées. C’est finalement le ministre des Finances qui est sacrifié le premier, en attendant le remaniement tant attendu. Il y a en tout cas un besoin de faire repartir le train des réformes, aussi bien au ministère des Finances qu’au niveau des autres départements à forte connotation économique.
La conjoncture de hausse des cours du pétrole ne doit pas occulter cette urgence, d’autant plus que certaines réformes s’avèrent plus que jamais nécessaires, dont la réforme des subventions pour laquelle le comité de pilotage tarde à être installé, la réforme du secteur public marchand, l’introduction de certaines entreprises et banques publiques en Bourse, la réforme fiscale, bancaire et financière, la numérisation de l’ensemble des pratiques commerciales… n