Les « normaliens » de neuf Ecoles normales supérieures (ENS) se sont constitués en Coordination pour réclamer du ministère de l’Education nationale des garanties écrites concernant leur recrutement direct, ainsi que des chiffres précis du nombre de postes vacants réservés aux sortants des ENS.

PAR MILINA KOUACI
Quelques jours à peine après avoir suspendu leur mot d’ordre de grève, les étudiants des ENS ont repris le chemin de la protestation. Ils se sont constitués dans une Coordination représentant les étudiants de 9 ENS. Il s’agit en l’occurrence des ENS de Kouba, Bouzaréah, Bou Saada, Constantine, Skikda, Sétif, Mostaganem, Oran et Laghouat.
Dans un communiqué rendu public, la Coordination rappelle que l’objectif derrière la création des ENS est d’assurer une formation de qualité des enseignants pour le secteur de l’Education. Pour ces raisons, le ministère s’engage à recruter les étudiants des ENS directement après la fin de leur formation.
Mais au fil des années, la « clause 4 du contrat, qui donne la priorité aux sortants des ENS au niveau de leur lieu de résidence, a été changée, en 2017, et des concours sont organisés pour leur recrutement. Un nombre important de diplômés des ENS se retrouvent au chômage », regrette la Coordination.
Rappelons que la protestation des normaliens fait suite à la décision de titulariser près de 60 000 enseignants contractuels de l’Education. En réaction, les étudiants des écoles normales supérieures ont observé des grèves et des rassemblements au niveau des ENS réparties sur le territoire national pour réclamer du département de Abdelhakim Belabed « la priorité et les garanties de recrutement direct ».
« Nous avons été surpris par la décision du Président lors du Conseil des ministres tenu le 11 décembre dernier, portant la titularisation de 59 987 enseignants contractuels, sans que le ministère de l’Education ne fournisse des explications sur le sort des étudiants des ENS », ajoute la même source. La Coordination se demande si cette décision « générera des problèmes dans le recrutement des diplômés de l’ENS et s’il existe des garanties pour éviter d’éventuelles conséquences ? »
Les protestataires estiment que la démarche du président de la République réduit leurs chances d’être recrutés directement après la fin du cursus, alors qu’ils se disent « prioritaires » dans l’octroi des postes d’enseignant dans les trois paliers de l’Education, qui est le but pour lequel ils sont formés.
Tout en applaudissant la décision « bénéfique » du Président pour les jeunes, les étudiants la qualifient en parallèle « d’injuste » pour les sortants des ENS et relèvent que le ministère de l’Education n’a pas présenté assez de garanties réelles pour leur droit après la fin de cursus. Les normaliens proposent, ainsi, « d’écarter les spécialités formées dans les ENS de la décision de permanisation des contractuels de l’Education, du moins, à la prochaine rentrée scolaire et après le recrutement des sortants des ENS ».

Des assurances écrites
« La possibilité d’emploi est très limitée, contrairement aux diplômés d’autres institutions universitaires, en raison de la formation qualitative spécialisée qui n’est orientée que vers l’éducation ». Pour ces raisons, la décision du Président a été « décriée », explique la Coordination. Elle ajoute que «les postes des contractuels sont des postes budgétaires vacants avant toute rentrée scolaire, indépendamment des « manipulations » enregistrées au niveau des directions de l’éducation sur ces postes.
La dernière sortie du ministre de l’Education nationale pour rassurer les « Normaliens » ne semble pas avoir été convaincante, puisque la Coordination réclame au ministère un écrit officiel dans lequel il rassure les étudiants sur le recrutement après la fin de cursus, mais aussi de régler la situation des enseignants qui travaillent par détachement en les intégrant dans les cycles pour lesquels ils ont été formés. Les étudiants demandent, en outre, de communiquer les « chiffres précis du nombre de postes vacants réservés aux sortants des ENS ». Et pour mettre fin aux « manipulations » au niveau des directions de l’éducation, la Coordination propose de créer une plateforme numérique nationale pour centraliser la gestion de recrutement des sortants des ENS pour plus de transparence. Les représentants des étudiants des ENS réclament, également, de mettre en place une cellule de coordination et de suivi à travers une commission centrale entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le ministère de l’Education nationale, qui aura pour mission de coordonner et de suivre l’activation du contrat signé et de surveiller l’opération de recrutement et l’ensemble des statistiques et données y afférents.Une « réaction positive » à ce communiqué est la « seule solution pour mettre fin à la protestation nationale des étudiants des ENS » qui précisent n’être d’« aucune appartenance à une organisation ou courant », et ce, pour éviter que la protesta ne dure dans le temps, explique la Coordination.

LE MEDIATEUR DE LA REPUBLIQUE SAISI
De leur côté, les diplômés des ENS de la wilaya de Mila qui travaillent par détachement ont adressé une lettre au Médiateur de la République. Le problème du détachement touche plus de 400 enseignants des promotions de 2019/2020 et 2021/2022 de la wilaya. Ces enseignants sollicitent l’intervention du Médiateur afin de régler leur situation. « Au mois de septembre, des sortants des ENS ont été convoqués et installés par détachement, alors que leurs postes, dans les paliers pour lesquels ils sont formés, ont été attribués aux contractuels », dénoncent ces enseignants. n