Les prix des fruits et légumes et autres produits alimentaires connaissent une flambée. Une hausse qui met au défi le secteur du commerce à réguler ses activités et empêcher la spéculation et la pratique des marges vertigineuses. Et tant que les circuits de distribution des produits de large consommation restent déstructurés, les pratiques spéculatives vont perdurer.


Les spéculateurs ont manœuvré en ces premiers jours de Ramadhan, comme à l’accoutumée, confirme Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d’orientation des consommateurs (Apoce). «La courgette et l’amidon de maïs ont connu des hausses de 250%», indique-t-il. Il faut savoir que la courgette, un des produits les plus prisés en cette période, se vendait à 40/50 DA à la veille du Ramadhan. Elle est aujourd’hui à 120/130 dinars. Les hausses concernent la tomate et l’oignon, qui étaient cédés pour le premier à 80 dinars et le second à 60/70 dinars et qui se vendent actuellement respectivement à 120 et 80/90 dinars. «La viande ovine a connu elle une hausse de 7 à 8%», ajoute-t-il. Le président de l’Apoce nuancera cependant ses propos. «Il y a eu une flambée des prix pendant ces premiers jours de Ramadhan, mais cette flambée des prix n’est pas généralisée. A Annaba, par exemple, certains marchés enregistraient une flambée des prix, d’autres non. Il rappelle que cette flambée des prix était prévisible, mais ne touche pas tous les produits de large consommation. Une stabilité des prix est constatée notamment pour la pomme de terre, cédée les premiers jours du Ramadhan à 40 dinars le kilogramme et sur la viande bovine, ajoute-t-il. Les spéculateurs procèdent intelligemment en s’orientant vers les produits qui attirent le moins d’attention. Ils évitent la pomme de terre qui a été l’objet, rappelons-le, d’opérations anti-spéculation menées par les services de contrôle du commerce, commente le premier responsable de l’association. Mustapha Zebdi dénonce les agissements des spéculateurs qui, en période de fête, de carême et même pendant la pandémie, profitent de la situation. Ce sont pour lui des «traîtres à la Nation». L’Apoce demande en ce sens la révision des lois de la République. «La spéculation doit être considéré comme un acte de haute trahison et condamnée sévèrement par la loi».

«La mafia de la semoule est plus dangereuse que celle du lait»
Le président de l’Apoce souligne que les circuits de distribution des produits de large consommation restent déstructurés. «Il y a une anarchie sur nos marchés». Tant que cette déstructuration de la distribution persiste, ces manoeuvres spéculatives vont perdurer». Il faudrait également que la loi s’applique avec rigueur. Il évoque, en outre, l’absence de traçabilité visible à travers le phénomène des ventes sans factures. Il cite en ce sens un décret de 2017 qui prévoit la délivrance d’un bon de transaction commerciale pour toute opération de vente et d’achat notamment dans les marchés de gros et qui n’est guère appliqué. L’Apoce a appelé, ajoute-t-il, les pouvoirs publics à une meilleure organisation des circuits de distribution, à cette traçabilité mais en vain. L’Apoce a également appelé à l’identification des acteurs du marché de la distribution des fruits et légumes, de la viande et des autres produits de large consommation. Cette traçabilité, cette identification des acteurs du marché et cette meilleure organisation des circuits de distribution permettront de séparer le bon grain de l’ivraie et d’exclure les commerçants fraudeurs. «Il y a un flou sur nos marchés», observe-t-il. C’est devant cette absence de traçabilité que prospèrent les mafias des produits de large consommation. Le ministre du Commerce avait récemment déclaré qu’il existe une mafia pour chaque produit subventionné, la mafia du lait, de la semoule… Pour Mustapha Zebdi, la mafia de la semoule est plus dangereuse que la mafia du lait.
L’Apoce enfin, souligne Mustapha Zebdi, a également appelé à la création d’une agence de sécurité alimentaire. Elle serait rattachée, selon la proposition de l’association, à l’Agence de protection des consommateurs à créer. «Nous ne savons pas en Algérie ce que nous consommons», observe le président de l’Apoce. En d’autres termes, nous ne savons pas par exemple si les fruits et légumes contiennent des pesticides ou non, si oui, à quel taux, et si les produits alimentaires que nous consommons sont sains. n