Le coup d’envoi de la 11e édition du Festival culturel national de la musique Diwane a été donné avant-hier soir au complexe du 18-Février de Béchar. Dendoune Sidi Blal de Ghardaïa a été la première troupe à ouvrir la compétition de cette année.

Le jury verra défiler sept autres groupes pour en choisir trois lauréats qui se produiront en tant qu’invités au Festival international du Diwane d’Alger en 2019. Cette première soirée a également été marquée par des concerts (en hors compétition) de maâlem Mejbar et des Aïssaoua de Béchar.

Le tambour des Ouled Diwane se remet à résonner à Béchar depuis avant-hier soir. En effet, le coup d’envoi de la 11e édition du Festival national de la musique Diwane a été donné avant-hier, lundi, au stade du 18-Février, en présence d’officiels, d’invités et d’un public timidement présent – mais cela risque de changer, comme d’habitude, pour les dernières soirées, d’autant qu’il n’y a pas eu en pré-ouverture une parade ou des spectacles folkloriques au niveau du Centre-ville qui servaient à informer le public de la tenue du Festival. Placé sous le thème «L’art pour vivre ensemble», cette édition s’est ouverte sur des notes Aïssaoua, avec une prestation de la troupe s’illustrant dans le genre dans la wilaya de Béchar. Le Mqedem Baba et sa troupe composée d’une bonne dizaine de musiciens a présenté une intéressante prestation empreinte d’authenticité, la première pour eux sur une scène festivalière/artistique, alliant chants spirituels Aïssaoua appelés «Medh» (louanges), instruments emblématiques du style (à l’instar du tbel, galal (ou taârija), bendir et ghaïta), et présentant les étendards de la Zaouïa et certains autres instruments qui rappellent le rituel, comme l’encensoir (bekhara). Rencontré à l’issue de la prestation, le Mqedem (chef spirituel) Baba, qui a reçu son titre de Mqedem el Maqadmine (sur l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et le Soudan) à Meknès (Maroc) dans la zaouïa-mère des Aïssaoua du cheikh Sidi El Hadi Ben Aïssa, nous a expliqué qu’«en plus d’une maison que nous appelons Dar Zaouia, nous sommes organisés en association appelée Djil El Moustaqbal, créée dans les années 1990. Actuellement, nous avons entamé les démarches pour créer une nouvelle association que nous souhaitons appeler Folklore la Zaouia Aïssaouia». Revenant sur le spectacle présenté, Mqedem Baba nous indiquera qu’il s’agissait d’un «medh dédié au Prophète, aux Salihine et aux confréries Soufis. Ce sont des chants/ahzab qu’on retrouve dans une Hadra, dont le nom signifie pour nous, présence, et réunion de personnes qui se retrouvent pour des dhikr [évocation] du Prophète, Sahaba [Compagnons du Prophète), maîtres soufis…». Abordant le rituel de la Hadra, notre interlocuteur nous a expliqué que «la source est la même pour toutes les confréries Aïssaoua, mais il y a toujours des différences. Ce qu’on fait à Béchar est différent de ce qui se fait ailleurs, par exemple, on s’inspire du Melhoun ; chaque confrérie a ses spécificités». Sur les liens musicaux qu’on pourrait trouver avec la confrérie des Hmadcha, Mqedem Baba a souligné que cette influence n’était pas à exclure d’autant que «Sidi Ali Ben Hamdouche est un disciple de Sidi El Hadi Ben Aïssa». Et de rappeler que sa Zaouia organisait trois waâda par an : la première est celle des Aïssaoua (de Sidi El Hadi Ben Aïssa), la deuxième est celle du mois de Chaâbane (appelé Chaâbana, et «Sdad» par les Ouled Diwane), et la troisième est celle des Ouled Diwane. En effet, depuis deux années, le Mqedm et sa confrérie organisent la waâda du Diwane à Béchar. Pour lui, «c’est une manière de réunir les amis, les proches et tous ceux qui aiment le diwane. Il y a une relation entre les Aïssaoua et Ouled Diwane même si les instruments et les chants sont différents».

 

Dendoune Sidi Blal de Ghardaïa ouvre la compétition
La compétition a par la suite été entamée par la troupe Dendoune Sidi Blal de Ghardaïa, qui a repris, au guembri et au karkabou (après une brève prestation en «Dendoune», le nom que la «confrérie» de Ghardaïa donne au tambour ou tbel) quelques-uns des célèbres bradj (morceaux) du Diwane, à l’exemple de «Sayo», «Boulali» ou encore «Ja Mbirika». Maâlem Bega Yacine nous a indiqué que ce programme présenté appartenait au répertoire «Chergui ou trig Cherguia pratiqué dans les régions du nord et à Béchar aussi». Ce répertoire, mis en place par le regretté maâlem Mejdoub de Mostaganem, est différent, selon notre interlocuteur du style pratiqué à Ghardaïa. «Nous avons un répertoire, une trig mise en place par notre cheikh El Hadj Mohamed El Foul. C’est lui aussi qui a créé notre association dans les années 1990 et qui se trouve au Ksar Ghardaïa. Actuellement, c’est maâlem Mohamed Smaoui qui travaille à moderniser notre style, ayant notamment intégré le style chergui». Sur le répertoire authentique de Dendoune Sidi Blal, maâlem Bega Yacine nous a indiqué que «le tbel que nous appelons Def a son propre répertoire, le guembri aussi a son propre répertoire, et très rarement, il y a des morceaux qu’on joue en association le guembri et le Def. Nous avons une technique de jeu sur le guembri et sur les karkabou [crotales] différente de celle des autres [le rythme étant plus lent]. Nous chantons en arabe mais nous avons aussi certains bradj en Haoussa, Bambra et Foulane».
Par ailleurs, en plus de Dendoune Sidi Blal de Ghardaïa, le jury, composé cette année des musiciens Djaâtout Slimane et Tabouche Abdelmalek et du maâlem Hakem Abdellaoui, aura à juger de la présence scénique, de la maîtrise du rythme, de l’interprétation, de l’exécution musicale et de l’harmonie entre les membres et dans le chant, de huit formations au total. Il s’agit d’Ahl Diwane de Kenadsa, Noujoum Saoura de Béchar, Sidi Blal de Mascara, Fares Fen Diwane d’Oran, Noujoum Diwane de Sidi Bel-Abbès, Diwane Ouled Sahra de Tindouf, et El Houda Diwane de Tlemcen. En plus d’une dotation financière, trois troupes seront choisies pour prendre part à l’édition 2019 du Festival international du Diwane d’Alger. Pour clore cette première soirée en beauté, maâlem Mejbar de Béchar a repris quelques-uns des plus célèbres titres de son répertoire ; un répertoire alliant Diwane, Melhoune et même un peu de Aïta. Somme toute, malgré la chaleur harassante, des dates qui pourraient décourager même les plus courageux, une subvention grignotée et réduite de moitié, une quasi-absence de sponsors et un manque de moyens flagrant, le Festival de la musique Diwane, seul événement d’envergure nationale à Béchar et le plus important rassemblement des «confréries» pratiquant le Diwane en Algérie (après la waâda) tient le coup ! Se poursuivant jusqu’au 5 juillet, le Festival compte bien garder le cap et ne rien changer à ses orientations, notamment la compétition, et ce, malgré les difficultés qui se ressentent, surtout lorsqu’on compare avec les précédentes éditions, à l’exemple de celle de 2013, qui reste une édition-référence. Même si cette manifestation culturelle revendique la part africaine de l’Algérie et explore une expression rituelle et musicale d’une grande ouverture, elle est confrontée, depuis sa création, à certaines voix qui remettent en question son existence même et sa tenue dans la capitale de la Saoura. Il ne faudrait pas leur donner raison… même si beaucoup de chemin reste à parcourir pour imposer ce Festival qui, malgré les efforts des organisateurs et ses 11 années d’existence, peine à trouver sa voie.