Tout a commencé sur le réseau social Facebook. Après le vote de la loi des finances 2018 par l’APN et le rejet du projet d’amendement du Parti des travailleurs sur tamazight, les commentaires de dénonciation se sont multipliés avant de prendre durant ces derniers jours une tournure franchement belliciste, portant la marque de personnes ou de groupes soit honnêtement sensibles à la question de Tamazight soit orientés politiquement et perméables aux thèses autonomistes du MAK. 

Dans les deux cas, aucune des deux parties n’a semblé avoir conscience de la difficulté scientifique et académique à surmonter pour la généralisation rapide de tamazight. Aucune des deux n’a également semblé avoir lu la réponse de la commission «Finances» de l’APN sur sa décision de repousser la proposition d’article du PT. «Après examen du contenu de l’amendement proposé, la commission a opposé son refus (…) et précise que les autorités publiques ont fourni et fournissent encore d’importants efforts dans le cadre de l’enseignement de la langue amazighe, étant donné que les programmes scolaires contiennent des programmes d’enseignement de cette langue nationale», ajoutant à cela le fait qu’une institution nationale, qui est le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), en charge de la promotion et du développement de la langue existe déjà.»
Ladite commission des finances à l’Assemblée populaire nationale a donc renvoyé la balle au président du HCA. Mais Si El Hachemi Assad, qui n’a pas que des amis, semble avoir sous-estimé l’effet qu’allait avoir le rejet de l’amendement du PT et la réception qui allait en être faite. Se laissant entrainer par le ronron parlementaire et pêchant sans doute par excès de confiance ou pour s’être trop longtemps occupé du centenaire de Mouloud Mammeri, qui ne semble pas avoir été une grande réussite en termes d’impact populaire, il a mis du temps avant de réagir suffisamment à la polémique qui enflait. Quand il l’a fait, ses propos ont été reçus, par le Snapap notamment, comme un appel à «calmer la tension uniquement».
Sa déclaration d’avant-hier selon laquelle la loi organique devant définir le processus de mise en œuvre du caractère officiel de tamazight sera examinée par le Parlement en 2018 n’a pas été si audible qu’on le croyait, étouffée par les bruits annonciateurs de la marche d’aujourd’hui notamment à Béjaïa et Tizi Ouzou. Pour preuve, c’est le ministre de la Jeunesse et des Sports,
El Hadi Ould Ali, qui est monté au créneau pour affirmer lors, d’une tournée à Tizi Ouzou, que «l’Etat ne reculera pas sur la promotion de tamazight».
«Il ne faut pas lier le travail de promotion de tamazight à la loi des finances 2018. L’Etat n’a pas attendu cette loi pour mettre les moyens nécessaires pour la promotion de tamazight élevée au rang de langue nationale en 2002 puis en langue officielle en 2016», a rappelé le ministre. M. Ould Ali a estimé que la reconnaissance et la promotion de tamazight par l’Etat «dérangent certains». Il a qualifié de «fausses rumeurs» les allégations selon lesquelles l’Etat ne veut pas promouvoir cette langue, appelant les jeunes de Kabylie, «à être vigilants» face aux manipulations de toutes sortes.
L’appel vaut presque aussi pour le président du HCA qui devrait se rendre compte qu’en matière de communication sur le dossier de tamazight tout retard à l’allumage peut conduire à l’embourbement.