Des militaires ivoiriens ont pris le contrôle de Bouaké, deuxième ville du pays, après un mouvement de contestation qui a touché plusieurs autres grands centres urbains de Côte d’Ivoire. Les mutins réclament l’amélioration de leurs conditions et le «le paiement de primes», affirme le ministère ivoirien de la défense. Selon Alain-Richard Donwahi, «dans la nuit du 5 au 6 janvier 2017, aux environs de 00h30, un groupe de militaires a fait irruption à l’état-major de la 3e Région militaire de Bouaké en faisant usage d’armes à feu». Les troubles ont commencé à Bouaké avant de s’étendre à la mi-journée aux villes de Daloa et Daoukro, dans le Centre, et Korhogo dans le Nord ainsi qu’à Man, le grand centre urbain à l’ouest du pays. Des tirs à l’arme lourde ont résonné toute la matinée à Bouaké, où les mutins ont pris le contrôle des centres névralgiques après avoir attaqué des commissariats de police. Les soldats revendiqueraient le versement de primes «Ecomog», qui leur auraient été promises pendant la crise survenue après l’élection présidentielle de 2011, et qui s’était soldée par la chute et l’arrestation de l’ex-président Laurent Gbagbo. Cette prime consisterait en une maison et
5 millions de francs CFA (7 600 euros environ) pour chaque soldat. Par ailleurs, le gouvernement ivoirien a réuni vendredi matin un Comité national de crise et un appel au calme a été lancé par le ministre de la Défense à tous les soldats afin de rentrer dans les casernes, en vue de permettre la recherche de solutions durables pour l’ensemble des composantes des Forces armées de Côte d’Ivoire. Samedi, la situation ne semblait pas se calmer. D’ailleurs, la ville de Bouaké est encore aux mains des soldats rebelles. Ils continuent à s’étendre dans la deuxième plus grande ville du pays en chassant les forces de police et de gendarmerie, en s’emparant d’armes dans des commissariats avant de se déployer sur les différentes entrées de l’agglomération et les carrefours stratégiques de la ville. Très tôt, samedi, d’importantes fusillades ont été entendues près du camp militaire de la ville de 500 000 habitants. Pour le moment aucune explication n’a été donnée par le gouvernement pour ces coups de feu. Cette crise survient trois semaines à peine après les élections législatives, du  18 décembre, présentées par les autorisées ivoiriennes comme une étape de plus vers la normalisation de la situation politique du pays, après la grave crise politique qui avait secoué le pays entre 2000 et 2011 et qui a conduit à la chute du président Laurent Gbagbo. Le chef de l’Etat Alassane Ouatara se trouvait hier à Accra pour assister à la cérémonie d’investiture du président ghanéen élu en décembre dernier.