Akram Belkaïd aborde dans son dernier ouvrage «L’Algérie, un pays empêché en 100 questions» plusieurs questions d’ordre économique. Pour l’auteur, le mal hollandais, c’est-à-dire la forte dépendance aux fluctuations des cours des hydrocarbures, balaie les velléités de changements en Algérie.

Par Khaled Remouche
Corruption, marché noir de la devise, climat des affaires, secteur bancaire, gaz de schiste, poids des hydrocarbures, autant de thèmes économiques, abordés par Akram Belkaïd, ancien journaliste au quotidien économique français Les Echos, dans son livre paru récemment aux éditions l’Harmattan intitulé «L’Algérie empêchée en 100 questions». Première question posée dans la partie économie et environnement, quelle est l’importance de la corruption? La haute corruption tout comme la petite corruption est endémique en Algérie, constate l’auteur de l’ouvrage. Cette dernière, ajoute-t-il, empoisonne la vie des entrepreneurs. La démonstration sur son mécanisme, sans doute puisée de sources confidentielles, paraît osée. Il lie la haute corruption en Algérie au commerce extérieur. «Sur chaque contrat, des intermédiaires prélèvent des commissions. Pour l’emporter, le fournisseur étranger sait qu’il doit choisir le sponsor. » Pour Akram Belkaïd, «c’est une pratique répandue dans le monde. Mais la spécificité de l’Algérie, c’est que les commissions peuvent atteindre des niveaux considérables entre 10 à 20%. Cet argent alimente les comptes bancaires à l’étranger. De grosses fortunes ont été ainsi bâties sur ce système de corruption. » Sur le marché noir de la devise, il relève ce que des banquiers locaux disent tout bas : «Ces dernières années, le marché parallèle est alimenté par les flux complexes de blanchiment d’argent. » En clair, des particuliers recyclent leurs avoirs à l’étranger en les convertissant en dinars sur le marché noir. Ce qui veut dire qu’à partir du moment où des individus arrivent à détenir d’importantes sommes en dinars, ils les transforment en devises sur le marché noir puis les transfèrent à l’étranger. Ils font rentrer une partie de ces devises en Algérie et les convertissent sur le marché parallèle en dinars, et ainsi de suite. S’il s’agit de surfacturations, le différentiel est logé dans un compte devises à l’étranger. Une partie sert à acheter en particulier des biens immobiliers à l’étranger. Une autre revient en Algérie. Elle est convertie en dinars sur le marché parallèle. Ces sommes en monnaie locale servent, en fin de course, à des investissements dans des affaires légales en Algérie.

Trop forte dépendance aux hydrocarbures
Autre question, est-il facile de faire des affaires en Algérie ? Le constat sur ce point est juste. «Les années passent et le diagnostic des grandes institutions internationales, comme la Banque mondiale, ne change pas.» Akram Belkaïd note qu’en 2018, l’Algérie a été classée à la 157 e place sur 190 pays en termes de climat des affaires. Ce classement au bas du tableau n’a pas changé fondamentalement depuis plusieurs années. L’acte d’investir, de développer son business reste en somme un parcours du combattant. L’Algérie, autrement dit, n’est pas un pays qui encourage les entrepreneurs. Autre question pertinente, pourquoi le secteur bancaire est-il archaïque ? L’auteur explique que les banques publiques n’ont pas pour vocation de financer les entreprises. Elles servent notamment à payer les salaires des entreprises publiques et de l’administration. Elles bénéficient du soutien de l’Etat. Les banques privées, elles, privilégient de façon générale le commerce extérieur. Dans les premières banques, les créances douteuses représentent 12% des engagements, ajoute-t-il.
Concernant le gaz de schiste, selon Akram Belkaïd, Sonatrach a procédé, en 2020, à son premier forage pour extraire du gaz de schiste. Selon les estimations, l’Algérie posséderait 17 000 milliards de mètres cubes de réserves en gaz de schiste, ce qui permettrait de couvrir les exportations et la demande locale au rythme de 2017 pendant deux siècles et demi. Outre les préoccupations en matière d’environnement relevées, l’auteur rapporte les réserves d’économistes concernant leur exploitation : ce serait de nouveau s’enfermer dans une logique rentière au détriment du développement des énergies renouvelables et de la diversification de l’économie. Quant au poids des hydrocarbures, il se mesure entre autres par la position de l’Algérie : elle est 18e exportateur mondial de pétrole, 9e producteur de gaz, 6e plus grand exportateur de gaz dans le monde. Les réserves de pétrole, rappelle-t-il, sont estimées à 12 milliards de barils, soit une durée de vie de 25 ans. Les réserves de gaz, selon ces estimations, peuvent tenir 65 ans. L’Algérie reste fortement dépendante des hydrocarbures, 60% du budget. Comme la consommation évolue rapidement avec 3% de croissance par an, l’Algérie, conclut-il, devra faire des choix entre les quantités de pétrole et de gaz à exporter et celles consacrées à la satisfaction de la demande interne en gaz et carburants.

«L’Algérie, un pays empêché en 100 questions» paru aux éditions l’Harmattan