L’alerte qui accompagne le coronavirus semble plus que jamais libérer la parole sur les moyens de faire face à une situation d’extrême urgence que celle qu’impose présentement cette épidémie, déclarée dans la ville chinoise de Wuhan, mais avec un risque de propagation sérieux, mettant ainsi gouvernements et populations à l’épreuve de la prévention sous le signe de l’urgence.
C’est dans ce contexte que le chef de service épidémiologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Mustapha-Pacha, le professeur Abdelouahab Bengounia, a plaidé pour la création d’un institut de veille sanitaire. Cet établissement aura pour principale mission d’identifier « les causes d’une modification de l’état de santé de la population, notamment en situation d’urgence », a-t-il expliqué lors de son passage hier au Forum du quotidien El Moudjahid, soulignant qu’une « surveillance épidémiologique efficace est tributaire de la création d’un institut national de veille sanitaire ». M. Bengounia, qui n’est pas à sa première déclaration favorable à un institut de veille sanitaire, a ajouté que cet organe réclamé aura également comme mission « d’alerter les pouvoirs publics et mettre à leur disposition les informations issues de l’observation de la santé de la population, nécessaires à la conduite de la politique nationale de santé ». Pour le conférencier, il ne fait pas de doute que l’Algérie « doit disposer d’un tel institut doté de tous les moyens humains et financiers pour intervenir en temps réel d’autant plus que notre pays est exposé à un énorme risque épidémiologique ».
Evoquant largement la question de la prévention sanitaire dans pareilles circonstances, l’épidémiologiste a fait état d’une faille dans le système de santé national où « la politique de prévention ne trouve pas sa place malheureusement». «En Algérie, nous n’avons pas réfléchi aux mesures préventives des épidémies, c’est-à-dire aux dispositifs qui peuvent nous permettre de maîtriser la maladie et comment se comporter en cas d’apparition des cas suspects », a regretté le spécialiste, selon lequel il est impossible de nommer le remède quand les vraies causes d’un virus sont inconnues. « Ce que nous avons pour le moment sont des hypothèses tant les vraies causes restent inconnues pour le moment », a-t-il déclaré, relevant qu’« il s’agit d’une maladie plus ou moins mortelle dont les symptômes sont la fièvre et des signes respiratoires, toux, sensation d’oppression et/ou douleur thoracique avec parfois des apnées ».
A propos des mesures préventives prises par les pouvoirs publics pour faire face au coronavirus, à travers notamment l’installation de caméras thermiques au niveau des principaux aéroports pour le contrôle des passagers, de même que la décision de rapatrier les ressortissants algériens établis dans la ville chinoise de Wuhan, M. Bengounia a expliqué que « l’isolement sanitaire des personnes atteintes de ce virus contagieux demeure le seul moyen pour réduire la contamination ». Il a estimé que le dispositif mis en place risque de s’avérer « insuffisant » citant ce qui s’est passé en Chine, berceau du virus où « l’épidémie s’est propagée avant l’apparition de ses symptômes (fièvre et problèmes respiratoires) », a noté le conférencier. Ce dernier n’a pas été tendre envers les responsables successifs du secteur de la santé s’indignant à cette occasion que 30 ministres se soient succédé à la tête de ce département névralgique depuis l’Indépendance pour un bilan sectoriel affichant qu’« aucun problème n’a été réglé ».