L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) se voit confrontée, de nouveau, à une nouvelle situation complexe, provoquée par la propagation rapide du coronavirus et qui met l’économie mondiale face à de véritables risques d’essoufflement. L’Opep et ses partenaires non-Opep, dont la Russie, vont tenter jeudi et vendredi à Vienne d’enrayer le plongeon des cours de l’or noir face à l’épidémie de nouveau coronavirus qui plombe la demande mondiale de brut.
Ces réunions ne s’annoncent toutefois pas sous de meilleurs auspices car, en plus du bon dosage des réductions de l’offre que le comité de suivi proposera aux participants, l’Opep devrait convaincre la Russie d’adhérer aux nouvelles coupes dans l’offre de l’Opep+, alors que le pays de Vladimir Poutine s’abstient à apporter son soutien à la nouvelle réduction de l’offre proposée par le comité de suivi de l’Opep+. Les ministres de l’Opep et leurs dix alliés non-Opep, dont la Russie, se sont quittés début décembre en actant une baisse de leur production de 500.000 barils par jour, à laquelle vient s’ajouter une contribution «volontaire» de 400.000 barils de Ryad. Cela s’additionne au 1,2 million décidés fin 2016 et reconduits depuis. Réuni en session «extraordinaire» dès le début du mois de février, le comité technique conjoint (JTC) de l’Opep+ avait recommandé une coupe supplémentaire de la production de 600.000 barils par jour afin de contrer «l’épidémie de coronavirus en Chine et son incidence potentielle sur le marché» pétrolier, selon un tweet de l’organisation. Cependant, la Russie a demandé un temps de réflexion avant d’adhérer officiellement à cette proposition ; une période qui semble s’éterniser, puisque, depuis cette réunion, la position russe se fait attendre, alors que président russe, Vladimir Poutine, fait savoir que les prix actuels ne sont d’aucun danger sur le budget de son pays. Ainsi, face à la propagation rapide de l’épidémie et les hésitations russes quant à de nouvelles coupes dans la production, l’Opep+ doit réussir impérativement ses réunions de jeudi et vendredi, faute de quoi les cours pourraient chuter à 30 dollars le baril à très court termes.
Equation complexe pour l’Algérie
Les analystes n’excluent plus cette éventualité. Néanmoins, la réussite de ces réunions repose sur l’entente entre le poids lourd de l’Opep, l’Arabie saoudite, et son principal allié via l’accord Opep+, la Russie, dont les responsables soufflent le chaud et le froid. Mais pas seulement. Même si un accord venait à être conclu par les deux poids lourds du marché, l’Opep+ doit bien doser les nouvelles réductions de sorte à ce qu’elle évite des remous au sein de l’Opep, car nombreux les producteurs, dont la production est plutôt flexible, affichent désormais une attitude peu conforme aux décisions de l’Opep. Il sera question également, pour l’Opep+, de tenter un meilleur dosage des réductions car les stocks continuent à être important, à l’heure où l’offre dépasse la demande ; celle-ci s’inscrivant de plus en plus en baisse en raison, en partie, du coronavirus. L’équation est pour le moins complexe pour l’Opep+ qui, visiblement, n’a pas le droit à l’erreur car il s’agit d’enrayer un mouvement baissier dangereux pour les économies de ses membres. Si cette tendance à la baisse venait à s’inscrire dans la durée, les équilibres budgétaires de plusieurs producteurs, dont l’Algérie, seront mis à rude épreuve, étant donné que leurs économies dépendent d’une bonne rentabilité du baril du pétrole sur le marché mondial. L’Algérie risque de voir ses déficits budgétaire et courant s’aggraver et ses réserves de change fondre comme neige au soleil. Le creusement du déficit de la balance des paiements a entrainé, faut-il le souligner, une érosion des réserves de change qui se situent désormais à moins de 60 milliards de dollars. L’Algérie n’aura de choix que de réviser les arbitrages budgétaires au titre de l’actuel exercice, étant donné que ceux-ci sont en partie remis en cause par la rechute des cours du Brent. n