Après les élections du 9 mars 2022, l’investiture du nouveau président de la Corée du Sud, Yoon Suk-yeol, aura lieu le 10 mai prochain. Le mandat du chef de l’Etat sortant, Moon Jae-in, s’achève sur un constat d’échec à transformer son pays en société «équitable et juste» et à faire la paix avec la Corée du Nord. Après cinq ans passés au pouvoir, il n’a pas tenu les promesses qu’il a faites au début de son mandat, estiment les analystes.

Par Kahina Terki
«C’était une présidence avec beaucoup de promesses au début et peu de réalisations à la fin», a jugé pour l’AFP Vladimir Tikhonov, professeur d’études coréennes à l’université d’Oslo. Le mandat de Moon Jae-in n’a pourtant pas manqué d’événements historiques. En 2018, il est devenu le premier chef de l’Etat sud-coréen à prononcer un discours devant le public nord-coréen. «Je propose que nous mettions totalement fin aux 70 ans d’hostilité passés et que nous fassions un grand pas vers la paix pour redevenir unis», avait-il lancé dans un stade de Pyongyang bondé, qui lui a offert une ovation debout. Moon Jae-in I est l’unique président sud-coréen à avoir tenu trois sommets avec son homologue du Nord. Il a aussi servi de médiateur entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, permettant plusieurs rencontres historiques entre Kim Jong I et le président américain de l’époque, Donald Trump. Il est arrivé au pouvoir en 2017 après la destitution pour corruption de la présidente Park Geun-hye. Dans son discours inaugural, il s’était engagé à promouvoir l’égalité et la rectitude morale. Seulement pour voir, peu après, un de ses conseillers tomber pour un scandale de pots-de-vin. Son gouvernement a géré la pandémie de Covid-19 avec efficacité. En revanche, sa politique en matière de logement a «échoué misérablement», estime June Park, professeur d’économie politique à l’université de Princeton. Une des mesures-phare du Président, augmenter les impôts pour les propriétaires de plus d’un logement, n’avait «aucun sens du point de vue économique», estime Mme Park, qui souligne que le gouvernement n’a recruté aucun expert en immobilier pour le conseiller dans sa politique. Selon l’Université nationale de Séoul, les prix des appartements dans la capitale ont flambé de plus de 120% pendant le mandat de M. Moon. D’un naturel affable, M. Moon reste une personnalité appréciée.
Son taux de popularité est de 44%, presque le double que la plupart de ses prédécesseurs à la fin de leur mandat. Mais ses échecs ont déçu ses partisans et donné des arguments à ses détracteurs. «Le principal accomplissement de Moon restera l’élection de Yoon», assène Gi-Wook Shin, sociologue à l’université de Stanford. «Faucon» en matière de sécurité, son successeur, M. Yoon, se distingue déjà par ses menaces de frappe préventive contre la Corée du Nord et relègue au rang de lointain souvenir les tentatives de rapprochement de M. Moon avec Pyongyang. Le coup de poignard final à la diplomatie nord-coréenne de M. Moon a été donné par Kim Jong I, qui a annoncé récemment un renforcement des capacités nucléaires nord-coréennes, explique Cheong Seong-chang, de l’Institut Sejong. Dans ce contexte, les «chaleureuses salutations» adressées par M. Moon à son homologue du Nord dans sa lettre d’adieux en avril «sèment le doute» sur sa capacité de jugement, estime cet analyste. Le Président sortant «a surestimé la marge de manœuvre de la Corée du Nord pour s’engager en faveur de la paix», estime Soo Kim, du cercle de réflexion stratégique Rand Corporation. «Kim nous a montré qu’on ne pourra jamais le convaincre de renoncer à ses armes, quelles qu’elles soient, car sa propre survie en dépend beaucoup trop», explique-t-elle. Après un test de missile balistique intercontinental en mars dernier, le premier depuis 2017, des images satellite suggèrent désormais que la Corée du Nord prépare un essai nucléaire. C’est dans ce contexte que le président des Etats-Unis se rendra en Corée du Sud, du 20 au 22 mai prochain, pour une visite qui s’annonce sous le signe d’un échec des négociations entre Washington et Pyongyang dont M. Moon était l’artisan frustré La frustration de l’électorat à l’égard du gouvernement Moon a sauvé une opposition de droite en plein désarroi, jugent les analystes. Grâce à quoi le conservateur Yoon Suk-yeol, élu d’extrême justesse en mars dernier, deviendra officiellement Président le mardi 10 mai. n