A la demande des Etats-Unis dont le président Joe Biden s’apprête à se rendre en Corée du Sud, à la fin du mois de mai, après l’investiture hier à Séoul du nouveau chef d’Etat, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit aujourd’hui en « urgence ». Cette séance « publique » intervient à la fin de cet après-midi à la suite des derniers tirs de missiles balistiques de la Corée du Nord.

Synthèse Salim Benour
« La Corée du Nord continue de déstabiliser la région et de menacer la paix et la sécurité internationales par ses lancements de missiles », a déclaré un porte-parole de la mission diplomatique américaine à l’ONU pour justifier la tenue de la réunion. Il s’agira de la deuxième réunion publique du Conseil de sécurité depuis 2017, la première s’étant déroulée le 25 mars. Entre 2017 et 2022, le Conseil n’avait eu recours qu’à des réunions à huis clos en raison notamment de l’opposition de la Chine à des sessions publiques. En dépit de sévères sanctions internationales, la Corée du Nord, selon les observateurs, redouble d’efforts ces derniers mois pour moderniser son armée, et a procédé à 15 tirs d’essai depuis janvier. Sa dernière expérimentation a été le tir samedi 7 mai d’un missile mer-sol balistique. Vendredi 6 mai, Washington avait prévenu que Pyongyang « préparait le site d’essais de Punggye-ri et pourrait être prêt à y mener un test dès ce mois-ci, ce qui serait son septième essai » nucléaire.
L’imposition en 2017 de plusieurs séries de sanctions économiques internationales par l’ONU contre Pyongyang n’a pas fait fléchir le régime. En avril, les Etats-Unis ont soumis à leurs 14 partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution alourdissant encore les sanctions contre Pyongyang. Le texte prévoit de réduire de quatre millions à deux millions de barils la quantité de pétrole brut que la Corée du Nord serait autorisée à importer chaque année à des fins civiles, et imposerait des restrictions sur de nouvelles exportations nord-coréennes, notamment de combustibles minéraux et d’horloges.
La Chine et la Russie, détentrices d’un droit de veto au Conseil et qui ont depuis longtemps proposé une résolution assouplissant au contraire les sanctions contre la Corée du Nord, ont refusé jusqu’à présent de discuter du contenu du projet. Il est « maintenant temps » de « faire avancer une résolution qui actualisera et renforcera le régime de sanctions » contre Pyongyang, a souligné le même porte-parole de la mission américaine. « Nous appelons tous les membres du Conseil à aborder les négociations sur un texte de manière constructive vers notre objectif commun de dénucléarisation », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas une question bilatérale » ou « un problème régional. C’est un problème pour nous tous. La recherche par la Corée du Nord d’armes de destruction massive et de ses systèmes de lancement de missiles balistiques constitue une menace pour chaque membre de la communauté mondiale », a fait valoir ce porte-parole.

Nouveau président en Corée du Sud
Mardi 10 mai, La Corée du Sud dont l’ancien chef d’Etat Moon Jae-in n’a pas réussi à détendre la relation de son pays avec Pyongyang a investi son nouveau président. Yoon Suk-yeol a démarré son mandat de cinq ans en appelant la Corée du Nord à renoncer à son arsenal nucléaire. Ce conservateur de 61 ans prend ses fonctions au moment où la Corée du Nord, de plus en plus belliqueuse. Mardi à minuit, il a assisté à son premier briefing de chef des armées avec les plus hauts responsables de l’état-major, dans le bunker situé sous le palais présidentiel. Après avoir prêté serment lors d’une cérémonie géante à l’Assemblée nationale à Séoul, M. Yoon a, dans son discours d’investiture, appelé la Corée du Nord à se débarrasser de son arsenal nucléaire, qui constitue selon lui une menace pour la sécurité mondiale. Il a affirmé que si Pyongyang « s’engage véritablement dans un processus de dénucléarisation complète », il sera prêt à présenter un « plan audacieux » pour relancer l’économie nord-coréenne. Il a promis une politique étrangère plus musclée pour son pays, la 10ème économie mondiale, après les tentatives ratées de rapprochement avec le Nord qui ont marqué le mandat de son prédécesseur. Dans la foulée de sa victoire électorale, M. Yoon s’était engagé à « traiter avec sévérité » la menace que représente le régime de Kim Jong Un. « Mais la porte du dialogue est toujours ouverte », avait-il déclaré à ses partisans. Pendant sa campagne électorale, il avait pourtant traité Kim Jong Un de « garçon grossier », lançant aux électeurs: « Si vous me donnez une chance, je lui apprendrai les bonnes manières ». M. Yoon avait aussi appelé à une relation plus solide avec son allié américain, et s’était entretenu avec le président Joe Biden, s’engageant notamment à maintenir une « coordination étroite » sur la Corée du Nord. Environ 40.000 personnes étaient invitées à la cérémonie d’investiture, la plus onéreuse jamais organisée avec un budget de 3,3 milliards de wons (2,5 millions d’euros), relèvent les observateurs. La délégation américaine était dirigée par le « gentilhomme » Douglas Emhoff, l’époux de la vice-présidente Kamala Harris. Le Japon et la Chine, avec qui M. Yoon entend apaiser les relations parfois houleuses, ont envoyé des représentants de haut niveau à la cérémonie. n