Le sommet mondial sur le climat, la COP27, débute aujourd’hui à Charm el-Cheikh en Egypte. L’évènement devra aboutir à de nouvelles résolutions visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre et maintenir en vie l’accord de Paris de 2015 : contenir le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, période où les humains ont commencé à brûler à grande échelle les énergies fossiles (charbon, pétrole ou gaz) qui émettent les gaz à effet de serre responsables du réchauffement. Dans les faits, il n’est pas certain que le rendez-vous égyptien aboutisse à des résultats probants. La Chine et les Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète, ne se parlent pas, tandis que les pays riches n’ont toujours pas tenu l’engagement pris en 2009 de porter à 100 milliards de dollars par an en 2020 leurs financements pour aider les plus pauvres à baisser les émissions…

Synthèse Anis Remane
Lundi et mardi, 7 et 8 novembre, plus de 120 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus pour le «sommet des leaders» de cette vingt-septième COP pour se pencher, selon les mots du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, sur une crise climatique pourtant «existentielle, primordiale et omniprésente». Les rapports alarmants se sont multipliés depuis la COP26 à Glasgow, quand près de 200 pays s’étaient solennellement engagés à contenir le réchauffement à 1,5°C. Mais depuis, 24 pays seulement ont relevé leurs engagements et l’ONU ne voit «aucune piste crédible» pour tenir cet objectif. Même si tous les pays tenaient leurs promesses, ce qui n’est jamais arrivé, le monde serait sur une trajectoire de réchauffement de 2,4°C d’ici la fin du siècle. Avec les politiques actuelles, c’est un catastrophique +2,8°C qui se profile. «Pitoyablement pas à la hauteur», a fustigé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.
Pourtant, il n’est pas certain que la COP27 débouche sur de vraies avancées en la matière, même si la présidence égyptienne vante une «conférence de la mise en œuvre». Appelant à laisser de côté les divisions, le patron de l’ONU-Climat, Simon Stiell, a lui aussi exhorté vendredi 4 octobre lors d’un point presse à «passer des mots aux actes». «Paris nous a montré ce qu’il fallait faire. Glasgow nous a montré comment. A Charm el-Cheikh, il faudra le faire».
Le regain de tensions entre les deux principaux pollueurs mondiaux, Etats-Unis et Chine, pèse cependant sur la conférence. Le président chinois Xi Jinping ne viendra pas et l’Américain Joe Biden devrait passer rapidement après les élections de mi-mandat du 8 novembre. Les deux leaders pourraient toutefois se voir en marge du G20 à Bali, pendant la deuxième semaine de la COP. «Si les deux plus gros émetteurs ne se parlent pas, nous n’arriverons pas à tenir 1,5°C», prévient Li Shuo, de Greenpeace Chine. Or, à presque 1,2°C de réchauffement actuellement, les impacts catastrophiques se multiplient déjà, comme l’a montré 2022: terribles inondations au Pakistan, avec un tiers du pays sous les eaux, ou au Nigeria, canicules, mégafeux et sécheresses affectant les récoltes.
La prise de conscience s’est accentuée dans les pays développés, eux aussi de plus en plus touchés, mais les actes ne suivent pas, notamment sur les financements, probablement le sujet le plus contentieux au menu de la COP27. Les pays riches n’ont en effet toujours pas tenu l’engagement pris en 2009 de porter à 100 milliards de dollars par an en 2020 leurs financements pour aider les plus pauvres à baisser les émissions et s’adapter aux effets du changement climatique. Le montant a plafonné à 83,3 milliards en 2020, selon le dernier bilan, contesté, de l’OCDE. L’objectif devrait désormais être atteint en 2023. Trop tard, et surtout trop peu, dénoncent les plus pauvres, quasiment pas responsables du réchauffement, mais sur la «ligne de front» de ses effets dévastateurs. «Cent milliards ne vont même pas commencer à répondre à une fraction des besoins», a prévenu vendredi lors d’un point presse Wael Aboulmagd, représentant spécial de la présidence égyptienne de la COP27. Et d’appeler à «atteindre et dépasser» cet objectif, «important pour la confiance» ébranlée des pays du Sud envers ceux du Nord.

Croque-mort
Les pays les plus exposés réclament désormais des financements dédiés pour les «pertes et dommages» déjà subis. Mais les pays développés sont très réticents, et n’ont accepté l’an dernier que la création d’un «dialogue» sur la question, prévu jusqu’en 2024. Ils devraient toutefois concéder que le sujet soit officiellement à l’ordre du jour à Charm el-Cheikh. «Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut un moyen d’y remédier. La difficulté est dans les détails», souligne l’ambassadeur Wael Aboulmagd, alors que Simon Stiell réclame «une discussion ouverte et honnête». «Va-t-on répondre aux plus de trois milliards de personnes qui vivent dans des pays vulnérables ?», s’insurge Harjeet Singh, responsable de la stratégie du Climate Action Network, principale coalition mondiale regroupant plus de 1.800 ONG. «On jugera du succès ou de l’échec de la COP27 sur un accord sur cette facilité de financement des pertes et dommages», renchérit Munir Akram, ambassadeur du Pakistan à l’ONU et président du G77+Chine, principal groupe de pays émergents et pauvres aux négociations climat. D’autant que les financements pour l’adaptation, que les pays riches s’étaient engagés l’an dernier à doubler, sont eux aussi à la traîne. «Il vaudrait pourtant mieux payer pour le docteur avant (les dégâts) que pour le croque-mort après», cingle Avinash Persaud, représentant de la Première ministre de la Barbade, Mia Motley, qui milite pour une réforme globale du système financier mondial, pour le réorienter vers l’action climatique. n