Par Feriel Nourine
La coopération énergétique entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) poursuit son cycle de négociations dans l’objectif d’un renforcement à la dimension de la nouvelle donne géostratégique introduite par la guerre en Ukraine. Les chamboulements générés au secteur, notamment au marché gazier, fait vivre aux pays importateurs une crise inédite et fait craindre une pénurie en Europe, suite aux restrictions décidées par la Russie à l’égard de ses clients de l’UE.
Une nouvelle étape de ces négociations a eu lieu lundi, lorsque le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a reçu une délégation de parlementaires européens, présents en Algérie dans le cadre de la première session de la commission parlementaire mixte Algérie-Union européenne, tenue le même jour.
Les entretiens entre les deux parties ont porté sur l’examen de l’état des relations de coopération entre l’Algérie et l’Union Européenne et les perspectives de leur renforcement dans les domaines de l’énergie et des mines, a indiqué un communiqué du ministère.
Dans cette rencontre, M. Arkab a présenté aux parlementaires européens les grands axes du programme de développement du secteur de l’énergie et des mines, ainsi que les nouveaux cadres réglementaires qui régissent les activités hydrocarbures et minières, qui présentent plusieurs facilitations et avantages aux investisseurs, souligne la même source. Ajoutant que le ministre a également mis l’accent sur les opportunités offertes dans le domaine de l’électricité, des énergies nouvelles et renouvelables notamment l’exploitation de l’hydrogène vert.
Les parties ont, en outre, abordé les différents domaines dans lesquels il existe des opportunités d’échanger les expériences et de développer des solutions à des préoccupations communes.
Si pour l’UE, ces préoccupations sont actuellement liées, en premier lieu, aux approvisionnements en gaz, celles de l’Algérie pourraient concerner les sources de financement qui permettraient d’exploiter un sous-sol qui n’en finit pas de révéler ses réserves. Partant, les partenaires de Sonatrach sont invités à participer davantage, de sorte à relever la production algérienne de gaz au profit de leurs pays respectifs mais aussi à leurs propres profits, vu les avantages qui leur sont offerts par la nouvelle loi sur les hydrocarbures.
Ce n’est, en fait, que par ce type de démarche et par une implication réelle que les pays de l’UE pourraient bénéficier d’un renforcement à court terme de leurs importations gazières de l’Algérie.
M. Arkab avait d’ailleurs montré aux compagnies allemandes le chemin à suivre si leur pays, fortement secoué par la crise gazière, souhaite obtenir du gaz à partir de l’Algérie. Un chemin qui passe par les investissements, avait assez clairement indiqué le ministre du secteur dans une interview parue, en juin dernier, sur le magazine allemand Der Spiegel.
A la question de savoir si l’Algérie était prête à fournir du gaz à l’Allemagne « dès demain », le responsable algérien avait répondu : « Nous disons si l’Allemagne veut nous acheter du gaz, alors ouvrez de nouveaux gisements avec nous. Comme les Italiens l’ont fait avec le groupe ENI. Nous avons un programme ambitieux de 39 milliards de dollars pour accroître la production dans le secteur pétrolier et gazier d’ici 2026. L’entreprise publique d’énergie Sonatrach lèvera la majorité et nous recherchons des partenaires pour le reste. Nous espérons que les Européens ne changeront pas de cap en nous laissant seuls avec les investissements. Pendant longtemps, l’Europe a défendu la protection de l’environnement et n’a fait aucune distinction entre le pétrole et le gaz. En conséquence, aucun investissement n’a été réalisé. ».
M. Arkab a peut-être reproduit le même discours devant les parlementaires européens qu’il vient de rencontrer. Ces derniers se sont retrouvés en Algérie quelques jours après la visite du président du Conseil européen, Charles Michel, venu à Alger discuter de l’augmentation des approvisionnements de gaz algérien à destination des pays de l’UE.
Ce qui a été d’ailleurs évoqué à plusieurs reprises ces derniers mois, lors des visites effectuées en Algérie par plusieurs hauts responsables de pays européens, à l’exemple du Président italien, Sergio Mattarella, et de son Premier ministre, Mario Draghi, ou encore du Président français, Emmanuel Macron.
C’est aussi dans le même cadre que le président du Conseil européen, Charles Michel, a effectué une visite en Algérie, il y a quelques jours. Au lendemain de ce déplacement, M. Michel est longuement revenu sur le dossier des investissements comme préalable au renforcement de la production gazière des pays producteurs et de leurs livraisons à l’Europe.
« Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir davantage ou de fermer le robinet, les producteurs veulent savoir si les investissements nécessaires pour rediriger l’approvisionnement énergétique vers l’UE arriveront », a-t-il lancé dans une interview accordée à Europa Press.
Ces pays « exigent de la clarté, de la sécurité énergétique et financière ainsi que de la visibilité », a expliqué le président du CE, dans une étape où les hauts responsables européens se succèdent pour louer la fiabilité de l’Algérie en tant que fournisseur de gaz.
En plus des avantages fournis aux entreprises étrangères par la nouvelle loi sur les hydrocarbures, ces investissements pourraient être aussi actionnés dans le cadre d’une révision de l’accord d’association entre l’Algérie et l’UE, que le responsable européen a aussi évoqué lors de sa présence en Algérie.
Au sortir de l’audience que lui accordé Abdelmadjid Tebboune, M. Michel a, en effet, clairement laissé entendre que ce dossier a été abordé, sous-entendant que le président de la République a saisi cette occasion pour mettre la pression et placer la question de l’accord parmi les priorités de l’heure entre l’Algérie et l’UE.
« Nous avons considéré que dans les circonstances internationales que l’on connaît, la coopération énergétique est évidemment essentielle, et nous voyons dans l’Algérie un partenaire fiable, loyal et engagé », a déclaré à la presse le responsable européen, avant de reconnaître implicitement que le temps est venu pour revisiter l’accord.
« Nous avons considéré que l’Accord d’association est un cadre devant donner lieu à des améliorations avec la volonté, de part et d’autre, d’identifier les priorités conjointes dans l’intérêt mutuel », a-t-il dit à ce propos.