Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui était, hier, à Alger, a mis en avant la volonté de la France d’ouvrir une «nouvelle phase» dans ses relations bilatérales avec l’Algérie, soulignant que les deux pays «partagent la volonté de ré-engager leurs échanges au plus haut niveau (…) afin de lancer une nouvelle dynamique dans tous les secteurs de coopération».
Les fondamentaux des échanges commerciaux entre l’Algérie et la France n’ont pas bougé d’un iota depuis maintenant plusieurs années, dominés par une tendance vers la stabilisation, faisant de la France le premier client de l’Algérie et son deuxième fournisseur après la Chine.
En effet, au tableau des échanges, la France demeure le second fournisseur de l’Algérie avec un montant estimé à 3 253 milliards de dollars durant les neuf premiers mois de l’année 2019, lit-on dans la dernière note statistique diffusée par les Douanes algériennes. Comparée à la valeur des exportations françaises vers l’Algérie, durant la même période de 2018, les ventes de la France à l’Algérie ont chuté de -6,65% de janvier à fin septembre 2019. La Chine reste le premier fournisseur de l’Algérie depuis maintenant plusieurs années avec, au tableau, des ventes totalisant 6 098 milliards de dollars durant les neuf premiers mois de 2019, marquant une hausse de +9,26% par rapport à la même période de 2018. En revanche, la France occupe le point culminant de la pyramide des principaux clients de l’Algérie. La France a importé pour 3 810 milliards de dollars depuis l’Algérie, de janvier à fin septembre 2019, en hausse de +8,42%. Les exportations de l’Algérie à destination de la France sont constituées essentiellement d’hydrocarbures.
Il y a quelques semaines, le groupe Sonatrach a renouvelé son contrat de fourniture de gaz avec le Français Engie. Ne communicant aucun détail sur ledit contrat, la compagnie publique des hydrocarbures s’était contentée de dire qu’elle livrera des volumes de gaz naturel sous forme de gaz gazeux en entrée du gazoduc Transméditerranéen, ainsi que du gaz naturel liquéfié (GNL), notamment au terminal méthanier de Fos Tonkin, situé en France, ajoutant qu’«à travers ces accords, les deux parties confirment et consolident le partenariat à long terme». Même si la part de la France dans les échanges de l’Algérie avec l’extérieur a baissé au profit de la Chine, la France demeure le premier investisseur hors hydrocarbures et premier employeur étranger en Algérie. Les 500 entreprises françaises implantées en Algérie, dont une trentaine du CAC 40, emploient quelque 40 000 salariés algériens et quelque 100 000 employés si l’on inclut les emplois indirects.
Les entreprises françaises sont présentes dans de nombreux secteurs d’activités en Algérie, dont les finances avec, notamment, la présence des deux colosses de la finance française, à savoir BNP Paribas et Société Générale ainsi que l’assureur AXA. Dans les transports, la France est présente en Algérie grâce notamment à Air France, RATP et Alstom, alors que dans le domaine maritime, on note surtout la présence de CMA-CGM qui emploie 400 personnes en Algérie. Dans les services, les chaînes de l’hôtellerie-restauration Accor, Sodexo, Newrest sont présentes en Algérie, dans la distribution automobile à travers Renault et Renault Trucks, le secteur de l’environnement avec Suez Environnement. Cependant, les deux partenaires, la France et l’Algérie en l’occurrence, sont confrontés à des défis de taille, dont la redynamisation des échanges et de la coopération économique. Lors d’une conférence de presse co-animée avec son homologue français, le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a indiqué que les deux parties avaient convenu de relancer «les différents mécanismes existant entre les deux pays».
Et d’ajouter que l’Algérie et la France ont décidé de relancer le Comité mixte économique franco-algérien (Comefa) ainsi que le Comité intergouvernemental de haut niveau franco-algérien (CIHN), coprésidé par les Premiers ministres des deux pays, et de poursuivre le dialogue stratégique et les concertations politiques au niveau des ministères des Affaires étrangères des deux pays. Dans le domaine économique, les discussions entre les deux ministres des Affaires étrangères algérien et français ont porté sur les investissements français en Algérie. Jean-Yves Le Drian a fait preuve «d’une grande disposition» en vue d’encourager les hommes d’affaires français à regarder l’Algérie «avec plus de flexibilité et d’audace», a indiqué le chef de la diplomatie algérienne.n