L’affaire Sonatrach-ENI, un scandale mis au jour, il y a plus de trois ans, par des médias italiens et relayé par des journaux algériens, avait sérieusement terni la réputation des deux compagnies. Dans cette affaire, Paolo Scaroni, ex-patron d’ENI, était soupçonné d’avoir participé à au moins une rencontre à Paris, destinée à faire obtenir à ENI et à Saipem, sa filiale en Algérie, un marché évalué à 11 milliards de dollars avec Sonatrach, contre de l’argent (une commission occulte de 197 millions d’euros). Ça sentait le moisi.

Cela a été une période très difficile pour les deux entreprises. Ces dernières donnent, cependant, l’impression d’avoir tourné la page en 2018, après que Sonatrach eut signé des accords avec Saipem pour aplanir leurs différends. Les accords mettent un terme aux procédures en cours concernant plusieurs contrats litigieux entre les deux entreprises, notamment celui d’une installation gazière, comprenant unités de liquéfaction de gaz, de séparation d’huile et de production de condensats, à Hassi Messaoud (800 km au sud d’Alger). Aujourd’hui, ENI et Sonatrach tentent de donner un nouvel élan à leur relation en la revoyant d’une manière nouvelle et globale et en l’inscrivant dans une perspective tournée vers l’avenir. Des experts en parlent de manière imagée, en déclarant que les deux compagnies y ont mis quelques épaississants, de stabilisants et d’émulsifiants. Elles sont entrées, pour ainsi dire, dans une phase lune de miel. Cela était en fait prévisible, étant donné que les points qui les rapprochent sont plus nombreux que ceux qui les séparent. Avec ENI, tout comme avec d’autres partenaires, la compagnie nationale, qui souffre d’un amont affaibli par des années d’errements, est en train de changer de cap en relançant le partenariat international tout en réorganisant le retour à l’expansion de l’industrie pétro-gazière, et en avançant vers des horizons inexplorés à l’instar de l’offshore et le schiste. Eni et Sonatrach font du concret pour leur stratégie de partenariat.
Elles ont signé, en juillet dernier, un accord qui marque une étape supplémentaire pour le renfoncement du partenariat dans le bassin de Berkine, en synergie avec les installations existantes de BRN (bloc 403) et MLE (bloc 405b), avec pour objectif de réaliser un gashub dans la zone. En outre, elles ont convenu des conditions commerciales pour l’année 2018-2019 en phase avec le marché du gaz.
Les deux sociétés ont convenu d’entreprendre une négociation commerciale avec l’objectif d’évaluer la prorogation de la fourniture du gaz au-delà de l’échéance contractuelle en 2019, dans le cadre du renforcement de leur coopération et partenariat. La question des renégociations des contrats gaziers devrait être discutée à l’occasion de la visite, hier, à Alger, du président du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conte. ENI et Sonatrach ont également convenu de renforcer leur coopération dans le secteur pétrochimique, les énergies renouvelables, les projets offshores de l’Algérie et dans d’autres opportunités de coopération internationales. En résumé, dans le secteur énergétique tout fonctionne pour le mieux, mais il y a un bémol, les deux pays n’arrivent pas à redonner vie au projet du Galsi, un gazoduc devant relier l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne. Sonatrach ne souhaite s’engager dans le Galsi que s’il y a des contrats fermes de fourniture de gaz, à long terme, avec les prix qui vont avec. Pourtant, le projet est là, les quantités de gaz qui y sont dédiées sont là. La compagnie nationale ne veut pas s’avancer sans que ses investissements ne soient garantis et que ceux qui enlèvent le gaz investissent avec elle et assurent un amortissement raisonnable de ses installations sur le long terme. En dehors de l’énergie, les entreprises italiennes sont faiblement présentes sur le marché algérien. Elles n’ont pas réussi à diversifier leur portefeuille dans des secteurs d’activités porteurs comme le BTPH, l’industrie automobile, ou encore les services.