Le Forum de coopération sino-africaine (FCSA) s’est terminé, hier à Dakar, par l’annonce du président chinois Xi Jinping du lancement de dizaines de projets sur le continent dans les domaines de la santé, mais aussi du numérique ou de la sécurité, ainsi qu’une annulation de dette et la réaffectation aux pays africains de 10 milliards de dollars provenant du Fonds monétaire international.

Par Kahina Sidhoum
Le ministre sénégalais de l’Economie, Amadou Hott, qui avait demandé à la Chine une politique africaine moins centrée sur la dette et d’investir davantage dans le continent, évoque en guise de bilan une «forte résilience» des relations sino-africaines face aux nombreux problèmes sur lesquels elle a buté récemment dont celui de la pandémie de la Covid-19.
Cette annonce est une réponse de Pékin aux critiques ainsi qu’aux sollicitations des Etats africains engagés dans la coopération sino-africaine. La Chine, en effet, est blâmée pour le déséquilibre des échanges commerciaux, ainsi que ses pratiques sociales ou environnementales. Elle fait face également au reproche de se servir des dettes contractées par les Etats africains, notamment pour financer de grandes infrastructures comme les aéroports ou les lignes de trains, afin d’accroître son influence sur des pays incapables ou peinant à honorer leurs engagements.
A l’ouverture du Forum, le ministre sénégalais de l’Economie Amadou Hott a demandé une relation chinoise avec le continent, moins centrée sur la dette et profitant plus aux économies africaines. «On a beaucoup d’investissements en dettes, il nous faut plus d’investissements en fonds propres», a-t-il dit. Le responsable a appelé à un soutien chinois à l’industrialisation et à la digitalisation des économies africaines. Il a sollicité de la Chine qu’elle réalloue à l’Afrique une partie de ses droits de tirage spéciaux. Ce à quoi le Président chinois a répondu favorablement en annonçant l’annulation des dettes liées aux prêts intergouvernementaux arrivant à échéance fin 2021 des pays africains les moins avancés, ainsi que la réallocation à l’Afrique de 10 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux. Xi Jinping a également annoncé l’envoi en Afrique de 1 500 professionnels médicaux, ainsi que le lancement de dizaines de projets dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, du numérique, du développement vert ou de la sécurité.
En attendant que ces annonces se concrétisent sur le terrain, c’est sur le front de la lutte anti-Covid que la Chine s’est montrée offensive. Pékin «fournira à l’Afrique un milliard de doses de vaccins supplémentaires, dont 600 millions sous forme de dons et 400 millions sous d’autres formes, comme la mise en place d’unités de production de vaccins, a déclaré le Président chinois, qui a inscrit cette promesse dans un plan sur trois ans. La Chine a, par ailleurs, livré plus de 160 millions de doses de vaccins à l’Afrique, a dit le vice-ministre chinois du Commerce Ren Hongbin, dont une bonne part sous forme de dons. En matière de coopération dans le domaine pharmaceutique, l’Egypte et l’Algérie ont entamé la fabrication de vaccins du laboratoire chinois Sinovac. D’autres projets sont, par ailleurs, en gestation plus ou moins avancée en Afrique du Sud ou au Sénégal.

Même longueur d’onde pour Alger et Pékin
«Nous devons poursuivre la lutte solidaire contre la Covid. Nous devons accorder la priorité à la protection de nos populations et combler le fossé vaccinal», a dit le Président chinois, faisant référence au sévère retard de vaccination observé en Afrique. Il a fait écho à une demande largement répandue des dirigeants africains en préconisant la levée des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins. L’engagement chinois participe d’une relation marquée «par l’amitié sincère et l’égalité, le bénéfice mutuel et le développement commun», a-t-il dit.
Lors d’une séance de travail avec le Conseiller d’Etat et ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, en marge du forum, le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra a ainsi salué les efforts et le soutien de la Chine aux pays du continent en vue d’endiguer la pandémie de Covid-19, grâce aux aides accordées à plusieurs pays, en sus du partenariat avec l’Algérie pour la fabrication locale du vaccin à l’usine de Constantine et dont la production a été lancée fin septembre dernier, pour satisfaire partiellement les besoins du continent africain en la matière.
M. Lamamra a souligné l’«‘importance majeure», pour l’Algérie, du «partenariat stratégique» avec Pékin et «la nécessité de renforcer sa dimension régionale et continentale, à travers l’accélération de la réalisation des grands projets structurels inscrits à l’agenda de coopération entre les deux pays. Alger et Pékin s’accordent sur «la nécessité d’intensifier les concertations sur les derniers développements survenant sur la scène politique régionale et internationale».
Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine ont représenté 200 milliards de dollars en 2019. A travers l’Afrique, la production s’est contractée de 2,4%, en 2020, à cause de la pandémie, qui a aggravé le chômage, les déficits budgétaires et la dette publique, a dit le ministre sénégalais de l’Economie Amadou Hott. Mais il a constaté «la forte résilience de la coopération Chine-Afrique face au choc». Les investissements directs chinois en Afrique ont repris et se sont chiffrés à 2,5 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2021, a-t-il déclaré.