Par Khaled Remouche
Le renforcement du partenariat algéro-chinois passe par la contribution de la Chine à la fabrication d’équipements auparavant achetés chez elle.
Quels dividendes l’Algérie tirera-t-elle de la réunion ministérielle sino-africaine qui se tient aujourd’hui et demain à Dakar ? Ramtane Lamamra, le chef de la diplomatie algérienne, qui conduit la délégation algérienne lors de cette session, aura à profiter de cette opportunité pour renforcer la coopération sino-algérienne déjà dense. Cette rencontre devra examiner les retombées de la crise sanitaire sur les économies africaines.
Dans ce registre, l’Algérie peut se prévaloir des fruits de la coopération avec la Chine puisqu’elle produit le vaccin contre la Covid-19 sous licence chinoise et ambitionne de placer ce produit sur le marché africain en 2022. Vaccin qui s’avère beaucoup moins cher que ceux de Pfizer, Moderna et AstraZéneca. La réunion aura également à tracer la feuille de route de cette coopération sino-africaine à l’horizon 2022-24 et à une échéance plus lointaine, jusqu’en 2035.
La Chine, qui considère l’Afrique comme une importante source de matières premières et une plateforme pour ses exportations en Europe, est le principal contributeur à la modernisation des infrastructures en Afrique. En ce sens, l’Algérie table sur les fonds d’investissements chinois pour réaliser le port du Centre, qui constitue un carrefour logistique stratégique entre l’Europe et l’Afrique. Tout comme l’Afrique, l’Algérie est un important marché pour la Chine. Ce pays est le premier fournisseur de l’Algérie avec une part de 17% des importations algériennes en 2020, la balance commerciale entre les deux pays enregistre un déficit au détriment de l’Algérie et elle est un débouché pour le pétrole et le gaz algérien. Ces échanges sont déséquilibrés. La Chine, contrairement à la Turquie, et dans une moindre mesure le Quatar et les Emirats arabes unis, n’est pas un gros investisseur en Algérie. Ses investissements sont très modestes dans le secteur des hydrocarbures. Cette situation peut évoluer avec les grands projets structurants : le développement des gisements de fer de Gara Djebilet et le projet de transformation des phosphates de Tébessa. Pour l’instant, la Chine est surtout présente en Algérie pour ces marchés : elle a décroché de gros contrats dans le BTP, la construction de logements, de routes, de grands stades, et dans la téléphonie mobile et commence à fournir des armes de défense à l’Algérie. Rééquilibrer ces échanges consiste à ouvrir l’accès à de nouveaux marchés à la contribution de la Chine à l’intégration de l’industrie algérienne. Donner un sens à ce partenariat stratégique passe par ce chemin. N’oublions surtout pas que renforcer la coopération avec la Chine, notamment dans les énergies renouvelables, où ce pays est champion, ne signifie nullement renoncer à la diversification des partenariats, un principe fondamental de la diplomatie économique de l’Algérie. n