Les déclarations du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) réitérant l’attachement de l’institution militaire à la voie constitutionnelle, donc son approbation de la convocation du corps électoral pour le 4 juillet, et son assurance d’accompagner la période de transition ont, encore une fois, tracé la ligne de partage entre les partis de la majorité et les partis et personnalités de l’opposition, les premiers, fidèles à leur ligne de conduite, adhérant à la démarche constitutionnelle, tandis que les seconds, également fidèles à leurs principes, restant dans l’esprit du rejet.

PAR INES DALI
Le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et Tajamoue Amal El Jazaïr (TAJ) ont salué la position de l’ANP après la convocation du corps électoral par le chef de l’Etat intérimaire, et son engagement à accompagner la période transitoire consacrée aux préparatifs de l’élection présidentielle. Le FLN valorise, ainsi, «la sagesse et l’attachement du commandement de l’ANP au respect de la Constitution ainsi que sa position permanente aux côtés du peuple que la Constitution consacre comme seule source du pouvoir».
Le FLN, tout en se félicitant du recours à la solution constitutionnelle pour surpasser la crise et réaliser les objectifs ambitieux et légitimes auxquels aspire le peuple, estime que l’application des articles 7, 8 et 102 de la Constitution est une issue permettant à l’Algérie d’éviter le scénario de la vacance et ses éventuelles répercussions et saisit l’occasion pour dénoncer «les manœuvres visant à attenter à la réputation, la probité et la cohésion liant l’institution militaire au peuple» qui a démontré «son civisme» et «sa maturité» durant les manifestations pacifiques. Abondant dans le même sens, le RND, après avoir salué la convocation du corps électoral et exhorté l’ensemble des acteurs politiques à contribuer à garantir la réussite de ce rendez-vous et sortir le pays de la crise à travers un choix démocratique souverain, a accueilli avec satisfaction la déclaration de Gaïd Salah, dans laquelle il a affirmé l’attachement de l’institution militaire à accompagner la période de transition, à assurer toutes les garanties de régularité et transparence lors du prochain scrutin, à respecter la Constitution. Le RND, tout comme le FLN, mettent en garde contre toute manœuvre étrangère visant à déstabiliser le pays. Les mêmes positions sont affichées par Tajamoue Amal El Jazaïr (TAJ) et Fadjr Jadid qui ont salué le message de l’ANP et appelé «tout un chacun à adhérer à son contenu et à ses mises en garde pour préserver la sécurité et la stabilité» du pays.
Ces deux partis ont également plaidé pour «une période de transition sereine et un scrutin présidentiel régulier et transparent». Cependant, le parti de Fajr Jadid rejette l’installation de Bensalah comme chef de l’Etat et propose la création d’une instance pour la gestion de la période de transition jusqu’à l’organisation de la présidentielle.
Pour leur part, les partis de l’opposition FFS et MDS restent tous deux fermes dans leur position et continuent de plaider pour une assemblée constituante. Le parti de feu Aït Ahmed déclare que le «FFS s’est inscrit dès le début dans la formidable révolte populaire qui exige le départ du régime totalitaire avec ses appuis institutionnels factices et de l’ensemble de ses symboles. Il s’est prononcé sans aucune ambiguïté contre la formation d’un gouvernement qui a pour seule mission la reconduction d’un système antipopulaire que nous avons qualifié d’atteinte grave à la dignité et à la volonté du peuple algérien avide d’un changement radical ». Le MDS justifie sa proposition de la mise en place d’une constituante en expliquant qu’«il faut donner plus de temps aux Algériens pour s’organiser».

Ghediri en phase avec Gaïd et «candidat à la Présidentielle»
Ali Ghediri a annoncé son intention de se porter candidat à l’élection présidentielle du 4 juillet, son «dossier étant déjà au Conseil constitutionnel». Le général à la retraite avait exprimé à plusieurs reprises son adhésion au principe d’une transition dans le cadre constitutionnel, donc la convocation du corps électoral par Bensalah qui ne restera à la tête de l’Etat que 90 jours ne lui cause aucun problème ni le message de Gaïd Salah. Pour lui, des indices sur la possibilité du départ de Bensalah existent même dans le derniers discours du chef de l’état-major. «La révolution en cours a fait des Algériens des naufragés et l’armée est notre dernier radeau», a-t-il noté, ajoutant que «l’ANP s’est engagée à accompagner le processus électoral de façon transparente et à veiller à ce qu’il n’y ait pas de fraude et à respecter la Constitution» et qu’«après les élections, chacun reprendra sa place, à commencer par l’armée».
Ghediri met en garde lui aussi contre «les risques d’infiltration du mouvement citoyen par des forces de l’intérieur et de l’extérieur», car «plus la révolution dure, plus il y aura de dangers, surtout sécuritaires».
Réagissant aux propos de Gaïd Salah sur la réouverture de certains dossiers liés à la corruption, le militant des droits de l’Homme et avocat Mokrane Ait Larbi a affirmé que «le rôle du chef d’état-major, qui a parlé de la justice, ne va pas au-delà de pouvoir poursuivre les militaires selon la loi de la justice militaire. Il ne peut pas du tout s’ingérer dans les affaires de la justice civile». Il s’est également exprimé sur l’application de l’article 102, déclarant qu’«on ne peut pas réduire la Constitution à l’article 102. S’accrocher à cet article voudrait dire le maintien du système corrompu».

Bouchachi se dit «déçu»
En s’exprimant sur les déclarations de Gaïd Salah, qui a dit que les demandes des Algériens sont «irréalisables», Me Bouchachi a répondu : «J’étais déçu. Depuis le premier communiqué du 26 février qui contenait des menaces contre les manifestants, d’autres communiqués ont été diffusés, qui disaient que l’ANP va soutenir le hirak et se ranger du côté du peuple. Le dernier communiqué du commandement de l’état-major est désolant. Il dit qu’il ne veut pas de demandes irréalisables. Le peuple n’a présenté aucune demande irréalisable. Dans le monde entier, aucune période de transition ne s’est faite avec les symboles d’un régime corrompu. Les demandes du peuple ne sont pas irréalisables».
Dans une lettre adressée à Gaïd Salah, l’ex-président du RCD, Saïd Sadi, écrit : «Je n’insisterai pas sur le respect de la Constitution convoquée selon les circonstances. D’autres avant moi ont rappelé comment et combien de fois la Loi fondamentale a été charcutée ou carrément violée. Il n’est, en conséquence, pas judicieux de se référer à l’artifice 102 pour justifier l’injustifiable qui se prépare et dont les premiers signes sont des plus préoccupants.» n

ils ont dit
Propos recueillis Aziz Latreche
Djilali Soufiane (Jil Jadid) : «Cette convocation du corps électoral est une suite logique de l’application de l’article 102. C’est une voie sans issue. La Constitution elle-même devient un obstacle à la démocratie. Il est impossible de pouvoir organiser des élections le 4 juillet. Les Algériens n’accepteront aucune campagne électorale et il y aura beaucoup de difficultés pour la collecte des signatures. Les Algériens n’accepteront pas non plus que quelqu’un leur vole leur révolution.»
n Lakhdar Benkhellaf (FJD) : «Cette convocation du corps électoral est une fuite en avant. Le peuple refuse que Bensalah gère la prochaine période. Aussi, il est impossible d’organiser des élections sans la modification de la Constitution, notamment l’article 194 qui parle des prérogatives de la commission chargée du contrôle des élections. Cette commission doit maintenant superviser les élections tout en apportant des modifications à la loi organique qui régit cette instance. Il est important aussi de procéder à la modification de la loi électorale. Tout cela ne peut pas être réalisé en trois mois.»

Nacer Hamdadouche (MSP) : «Il n’y a pas lieu de parler d’élections ou de convocation de corps électoral tant que le peuple refuse les trois B que sont Bensalah, Bedoui et Belaïz. Nous n’avons aucune confiance en ces dirigeants pour qu’ils gèrent la période transitoire et encore moins la transition démocratique.»