Comme dans les autres milieux professionnels, celui de la santé a aussi des réticents à la vaccination. Comment doit-on faire pour qu’ils soient convaincus du bien-fondé de la vaccination ? Telle est la question que se posent les spécialistes, dont certains apportent des réponses ou, plutôt, des suggestions.
De la préconisation d’une obligation indirecte à celle d’une plus grande sensibilisation en cassant les rumeurs et préjugés sont parmi les propositions émises pour convaincre.

PAR INES DALI
Tout d’abord, il faut souligner que lorsqu’on parle de personnel de la santé, il s’agit de plusieurs corps, dont le corps médical, le corps paramédical, le personnel administratif, les sages-femmes, les ambulanciers et autres, a tenu à préciser le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, tout en précisant que jusqu’à présent, il n’y pas encore de statistiques sur le nombre de vaccinés parmi tous ces corps.
Toutefois, «on sait qu’il y a toujours des récalcitrants par rapport à la vaccination, comme dans tous les autres secteurs», alors que ce sont des personnels qui évoluent dans un milieu où ils sont en contact permanent avec les malades, avec des gens qui viennent en consultation, etc.
Ainsi, leur non-vaccination reste un véritable problème dans le sens où ils peuvent être contaminés par les porteurs du Covid-19 comme ils peuvent, s’ils sont déjà contaminés, transmettre le virus à leur tour. Le débat, notamment parmi les professionnels de la santé, tourne autour de la question suivante : faut-il ou non passer à l’obligation de vaccination dans le milieu sanitaire ?
«Celui qui n’est pas malade, on ne peut pas l’obliger à se faire vacciner», répond le Dr Bekkat Berkani, avant de nuancer ses propos en mettant en exergue un autre droit, celui de la protection des personnes. «Maintenant, sur le plan de l’urgence sanitaire imposé par la pandémie de Covid-19, il faut prendre en considération que nous ne sommes pas face à un acte de prévention, mais à un acte de défense et de la personne récalcitrante elle-même et des autres», a-t-il expliqué.
De plus, «il ne faut pas oublier que ce sont des effectifs qui travaillent dans des enceintes sanitaires et peuvent véhiculer le virus. Par conséquent, la situation d’urgence sanitaire nous commande qu’il y ait obligation administrative pour les gens qui travaillent dans le secteur de la santé et qui ne sont pas vaccinés», a ajouté notre interlocuteur. «Vu les raisons que je viens de citer pour le cas présent, cela justifie amplement, à mon avis, qu’il y ait obligation administrative», a-t-il encore insisté, estimant que pour ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, «il pourrait y avoir, pourquoi pas, des mesures de suspension administrative qui vont être appliquées».
De son côté, le Pr Réda Djidjik, chef de service du laboratoire d’immunologie au Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Béni Messous, estime qu’il faut aller vers une plus grande sensibilisation des effectifs du secteur, surtout que le constat, a-t-il indiqué, est que «les personnes décédées parmi le personnel de la santé, et notamment dans le corps médical, durant la troisième vague de la pandémie n’étaient pas vaccinées». D’où, pour lui, c’est un élément de plus qui démontre l’efficacité du vaccin contre les formes graves de Covid-19.

Risque de répercussions négatives
Abordant le volet obligation ou non de la vaccination, il s’est dit contre une telle mesure, tout en expliquant par la suite qu’elle pourrait avoir des répercussions qui ne sont pas dans l’intérêt du secteur. «Je ne suis pas d’avis à obliger la vaccination qui doit être, surtout dans la Covid-19, un acte volontaire», a-t-il dit, citant l’exemple de la France qui a émis récemment un texte pour l’obligation de la vaccination dans le secteur mais, a-t-il tenu à préciser, «dans les statistiques que j’ai vues, ils sont un taux de 85% de personnel de santé vacciné.
Il reste les 15% récalcitrants mais cela ne va pas désorganiser le système de santé même si les non-vaccinés sont contre l’obligation, même s’ils font grève ou s’ils arrêtent de travailler». «Chez nous, c’est tout autre, la vaccination du personnel est faible». Et d’enchainer qu’il «pense qu’il faut aller dans la sensibilisation et non dans l’obligation». Il compte beaucoup plus sur la prise de conscience par des mesures plus persuasives, en argumentant que «le personnel de la santé est un personnel qualifié, scientifique et il faudrait aller dans la grande sensibilisation, casser les tabous et les croyances». Selon lui, les préjugés qu’ont certains parmi le personnel en question viennent «des campagnes anti-vaccins qui sont tellement pernicieuses, surtout sur les réseaux sociaux…» Ce qui le conduit à dire qu’il y a, donc, «des croyances qu’il faut essayer de casser, une par une, pour essayer de rassurer tout le monde, et les citoyens et le personnel du secteur sanitaire». Et de conclure : «Je ne suis pas d’accord avec l’obligation de vacciner le personnel de santé, mais plutôt d’aller vers la sensibilisation. Car aller vers l’obligation et passer à des mesures coercitives, ça risque de désorganiser notre système de santé».
Jusqu’à présent, si aucune statistique n’est encore communiquée sur la vaccination de l’ensemble du personnel sanitaire, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins a indiqué qu’à son niveau, il peut juste fournir le taux de vaccination des médecins. «Pour le corps médical, ce taux doit tourner autour de plus de 90%», a-t-il révélé. Il ajoutera que pour les médecins du secteur privé, ce taux est encore plus important car ils sont «presque tous vaccinés». «Je peux avancer qu’ils sont 99% des médecins privés à avoir eu leur anti-Covid-19, car ils sont les plus exposés. C’est vrai que pendant un temps, beaucoup n’étaient pas vaccinés parce qu’il n’y avait pas possibilité de le faire pour cause de non-disponibilité de l’antidote. Ce n’est plus le cas maintenant».
Il a fait savoir, par la même occasion, qu’au niveau du Conseil de l’Ordre d’Alger, ils vaccinent les médecins retardataires ainsi que leurs familles. Il relèvera, toutefois, que comme pour les autres secteurs, il y a aussi des réticents pour différentes raisons dans le personnel de la santé en général, mais «c’est antinomique qu’un médecin qui ne croit pas au vaccin» !