Bien qu’elle soit en baisse, l’importation illégale de tabac en Algérie demeure importante. Quatre marques de cigarettes dominent ce marché illicite : Business Royals, Mond, Edge et Bon. Cette dernière est de loin la plus répandue dans notre pays avec un taux de pénétration parmi les plus forts enregistrés durant ces trois dernières années.

Son pourcentage le plus élevé dans ce domaine, 54,4%, a été enregistré en avril 2018, en mars 2019, il était de 30,4%, alors qu’au mois d’avril de la même année, il était de 37,1%. Le plus bas, 29,5%, a été recensé récemment en février 2020.
Ces variations mensuelles (24,1% en juin 2019 et 26, 8% en octobre de la même année) renseignent sur le rythme continu du trafic de la cigarette de contrebande et de son passage dans notre territoire. Elles avisent également de l’effort fourni par les services de sécurité et les Douanes algériennes contre ce commerce clandestin pour faire baisser ses activités. En 2019, par exemple, le montant des saisies de cigarettes importées illégalement a été estimé à plus de 2,2 millions d’euros pour les marques Bon et Business Royals seulement. Selon des experts, ce chiffre indique que la valeur de ce business a été divisée par deux grâce aux performances de contrôle et de répression des Douanes aux frontières. En particulier, dans les zones circonvoisines de la Libye.
Ce pays est considéré, en effet, comme un espace de transit dont l’activité s’est accrue au fur et à mesure qu’il a été gagné par l’instabilité politique, l’insécurité et le crime organisé. Les indications sur la contrebande de tabac et de la cigarette Bon ont besoin d’être affinées : on ne sait pas, en effet, si les cargaisons de cigarettes sont toujours acheminées en Algérie par des réseaux organisés ou s’ils passent aussi sous la forme d’un « trafic de fourmi » mené par des particuliers.
Ce qu’on sait, en revanche, est que la marque en question provient de la zone franche émiratie de Djebel Ali où elle est fabriquée avant d’être transportée en grosses quantités par bateau jusqu’en Libye, dernière étape avant qu’elle n’arrive à nos frontières pour gagner ensuite pratiquement toutes les régions à partir d’El Oued, de Tébessa, signalées comme très actives, mais également de Sétif. Ce grand centre urbain des Hauts-Plateaux est considéré lui aussi comme un important point de transit à partir duquel les relais contrebandiers font « migrer » la cigarette Bon vers les régions du centre, avec Alger comme destination de grande consommation, de l’Ouest et Oran comme épicentre de son commerce avec un taux de pénétration de 100% en 2017 et de 53,5% au début 2020. Mais également du Sud qui s’avère être une cible géographique importante avec un taux de pénétration avoisinant les 40%, notamment dans la Saoura et la zone de Béchar.
Le commerce illicite de la marque Bon continue donc d’avoir des proportions importantes. Il se développe en dépit des performances de lutte des Douanes et s’adapte pour maintenir un impact négatif sur le marché légal. Son impact, outre les questions de qualité du produit, est de grignoter les parts de marché des importateurs légaux et des fabricants locaux de tabac et déstabilise leurs stratégies de développement. Il prive le fisc de recettes significatives. Selon les chiffres de la Direction générale des impôts, le recouvrement des taxes applicables au secteur du tabac a généré 63 231 millions de dinars au Trésor public en 2019. Enfin, il génère de l’argent informel et à l’usage incontrôlé, susceptible de financer d’autres formes de criminalité. n