PAR NAZIM BRAHIMI
La contrebande de carburants semble prospérer ces dernières semaines comme peuvent l’attester les chiffres que livrent les services des douanes algériennes, une activité dont la prolifération peut être expliquée par la cherté de l’essence. Une pratique qui profite également du gain que cela rapporte aux «hallabas» – le nom des contrebandiers – activant dans les zones frontalières de l’est et de l’ouest du pays.
Hier, 27 juillet, les services des douanes ont procédé à la saisie de 44.000 litres de carburants destinés à la contrebande dans la wilaya de Bordj Badji Mokhtar, selon un communiqué de la Direction générale des Douanes (DGD).
«Les agents de la Brigade douanière polyvalente de Bordj Badji Mokhtar, relevant territorialement des services de l’Inspection divisionnaire des Douanes d’Adrar ont procédé, en coordination avec les éléments de l’Armée nationale populaire (ANP), à la saisie de 110 tonneaux de carburants d’une capacité de 200 L et 110 tonneaux de gasoil d’une capacité de 200 L, soit une quantité globale de 44.000 litres chargée à bord de deux camions», a précisé la même source. L’opération s’inscrit dans le cadre «des efforts des services opérationnels des brigades douanières menées en coordination avec les corps sécuritaires, pour lutter contre les différentes formes de contrebande et protéger l’économie nationale» concluent les douanes algériennes.
La veille, plus de 10 000 litres de carburants ont été saisies à Adra, a indiqué mardi un communiqué de la Direction générale des douanes.
«… Les agents de la brigade polyvalente de Reggane, relevant de l’Inspection divisionnaire des Douanes, ont mené une descente dans deux entrepôts suspects, en coordination avec les éléments de l’ANP et de la Gendarmerie nationale qui a permis la saisie de 8200 litres de Mazout et 2000 litres d’essence dissimulés dans 51 tonneaux», a souligné la même source.
Dans le même contexte, les Garde-frontières ont déjoué, du 20 au 26 juillet en coordination avec les services de la Gendarmerie Nationale, des tentatives de contrebande de grandes quantités de carburants s’élevant à 79 711 litres à Bordj Badji Mokhtar, Tamanrasset, Adrar, Tébessa, El-Tarf et Souk Ahras. Une semaine plus, 7 739 litres ont été saisis à Bordj Badji Mokhtar, Tébessa, El-Tarf et Souk Ahras. Le bilan du premier semestre 2022 établi par l’ANP fait état de l’arrestation de 6 154 contrebandiers et la saisie de 907 843 litres de carburants.
Les prix au cœur de la contrebande
Abdeltif Rebah, ancien cadre du secteur de l’énergie, expliquait récemment que l’ampleur prise par l’activité des hallaba dans la zone frontalière Ouest du pays «met directement en cause l’efficacité des dispositifs et des organes de contrôle».
Pour lui, «on n’est pas face à une marchandise comme les autres, mais devant un produit stratégique essentiel pour la population et pour l’économie», relevant qu’en arrière-plan se profile la question des prix des carburants, en particulier du gasoil, qui sont très attractifs pour les barons de l’accumulation des rentes spéculatives. Pour leur part, les responsables politiques ont toujours considéré que la contrebande de carburant constitue un enjeu sécuritaire au-delà du fait qu’elle représente un problème économique. n