Le ministre de l’Energie est revenu, jeudi, sur le contentieux qui oppose la Sonatrach à la société espagnole Naturgy, partenaire dans MedGaz. Il a laissé entendre que la partie algérienne n’exclut toujours pas le recours à l’arbitrage international si un accord n’est pas trouvé.

Mohamed Arkab a déclaré que Naturgy avance l’argument du cas de force majeure pour demander une révision à la baisse du tarif du gaz algérien. Or, l’Algérie, a-t-il indiqué, refuse de considérer la crise sanitaire actuelle comme cas de force majeure. Le confinement sanitaire, a-t-il plaidé, n’a pas empêché les stations de production d’électricité de tourner.
La probabilité d’un arbitrage international entre Sonatrach et Naturgy est officiellement à l’ordre du jour depuis la fin du mois d’avril dernier. A la présentation des résultats du premier trimestre 2020, le patron de l’entreprise espagnole, Francisco Reynès, avait déclaré son intention de négocier de nouveaux prix du gaz avec le fournisseur algérien dans un premier temps mais, également, dans un second temps avec ses autres partenaires au Nigeria, aux Etats-Unis et en Russie.
Des médias espagnols avaient indiqué dans la foulée que les cabinets d’avocats Three Crowns, King & Spalding et Herbert Smith étaient en lice pour défendre les intérêts de l’entreprise. La thèse défendue par l’entreprise espagnole, rejetée par Sonatrach, est basée sur la crise sanitaire, les difficultés de l’économie espagnole sous l’effet du confinement, l’offre excédentaire provoquée notamment par l’arrivée du gaz américain en Europe et, ainsi, la baisse des prix.
Ces prix, a indiqué le PDG de Sonatrach le 14 juin dernier lors de sa visite des installations dans la région d’Illizi, sont arrivés à moins d’un dollars/m3, alors qu’ils étaient autour de 8 à 10 dollars/m3. La société Naturgy, a-t-il encore expliqué, voudrait tirer profit de la concurrence féroce sur le marché international du gaz qui a entraîné un effondrement des prix, indexés généralement à ceux du pétrole, en vue de faire pression pour revoir à la baisse les prix du contrat avec Sonatrach.

Neuf réunions…
Sonatrach et Naturgy ont déjà mené neuf réunions de négociations depuis la demande du partenaire espagnol de revoir à la baisse les prix du gaz algérien. «Les délais de ces négociations prennent fin au mois de juillet», a fait savoir Toufik Hakkar. «Si aucun accord ne sera trouvé à l’issue des délais, nous ne craignons pas le recours à l’arbitrage international», a-t-il affirmé, laissant toutefois la porte entrouverte à une solution profitable aux deux parties. «Ce n’est pas pour un différend conjoncturel qu’on ira vers la rupture de ces relations», a déclaré le PDG de Sonatrach, qui mise sur l’ancienneté de la relation commerciale de son groupe avec les sociétés espagnoles (plus de 50 ans), mais apparemment sans euphorie. D’autant que le ministre algérien de l’Energie ne semble pas croire à une solution en dehors de l’arbitrage international. Dans ce cas, «nous avons notre mot à dire et nous avons nos cartes à faire valoir. Nous irons en position de force», a fait savoir Toufik Hakkar.
Cette évolution dans la relation entre les deux partenaires intervient dans un contexte de changement important des données ainsi que des règles du marché gazier. Dans une déclaration en marge du plénière au Conseil de la Nation (Sénat), le 4 juin dernier, le ministre de l’Energie a évoqué ces bouleversements en indiquant que Sonatrach s’attelait actuellement à l’adaptation de sa stratégie marketing. «Sonatrach modifie sa stratégie commerciale» au vu des mutations survenues au niveau du marché mondial, a fait savoir Mohamed Arkab.
«Plusieurs pays injectent de grandes quantités notamment avec le développement de la production du gaz de schiste et du gaz liquéfié (…) le monde change et nous aussi», a-t-il dit, assurant que l’Algérie «demeurera le fournisseur préféré» des pays européens. n