Recrudescence des cas de contamination au nouveau coronavirus, personnel soignant épuisé et violenté comme cela s’est passé avant-hier à Tlemcen, la situation épidémique dans le pays présente une évolution et des signaux d’alerte qui devraient inciter l’autorité sanitaire à davantage de vigilance sur la capacité des blouses blanches, toutes responsabilités et compétences confondues, à surpasser la tension qu’elle subit depuis que la pandémie s’est déclarée dans notre pays, il y a quatre mois, et qui a connu une poussée plus forte depuis le début de semaine.

Si le contexte sanitaire n’est pas encore à la catastrophe, bien qu’il existe beaucoup de médecins qui n’hésitent pas à utiliser ce mot, notamment à Biskra, il présente des indicateurs qui font craindre le scénario d’une fracture médicale : un personnel soignant harassé par le flux incessant des malades atteints du Covid-19 et excédé, selon les témoignages recueillis, par l’arrivée dans les services de personnes ayant été infectés dans des rassemblements familiaux (mariages, enterrements) ou après avoir été sans respect des gestes barrières dans des lieux publics…
Signe réellement inquiétant de cette situation, les médecins, des «internes» et des pneumologues qui ont été agressés au CHU de Tlemcen ont cessé le travail et réclamé de la sécurité dans le service Covid et à l’hôpital. Certains ont affirmé attendre les suites de la plainte déposée contre leurs agresseurs pour être rassurés sur les mesures de protection.
Par ailleurs, le nombre de victimes chez les professionnels de la santé devrait interpeller l’autorité sanitaire et l’opinion. Selon le professeur Abdelkrim Soukehal, médecin épidémiologiste qui s’exprimait hier à Alger lors d’une rencontre scientifique, 1700 d’entre eux, tous corps confondus, ont été infectés par le nouveau coronavirus, depuis son apparition en février dernier dans le pays.
Membre du Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de l’épidémie, ce professeur, qui reste rassurant dans ses propos sur la maitrise de la courbe épidémique, relève toutefois que cette épidémie connaît actuellement «une montée en puissance et va trop vite», en Algérie comme ailleurs, argumentant son propos par les données actuelles inhérentes à cette évolution. «Cela étant, nous arrivons, à présent, à maîtriser la situation et à suivre cette évolution dans le temps». Samedi dernier, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a révélé que la Covid-19 avait causé le décès de 26 personnes relevant du corps médical et en a impacté plus de 1500 autres, à travers le territoire national.
Preuve, encore de la vulnérabilité du personnel soignant face aux risques de contamination, le chef de service radiologie des urgences médicochirurgicales du CHU Mohamed Abdennour Saâdna de la ville de Sétif est décédé hier matin à la suite de son infection par le nouveau coronavirus
Le défunt a été admis lundi dernier au service de réanimation du CHU après la complication de son état, alors qu’il se trouvait au premier rang de la lutte contre l’épidémie depuis son apparition dans la wilaya. Selon l’APS, un rassemblement dans la cour du CHU a été organisé hier pour lui rendre un ultime hommage avant l’accomplissement de la prière funéraire et son enterrement au cimetière Sidi Hider (Est de Sétif). Le directeur de la santé et de la population de la wilaya, Salim Rekam, a indiqué dimanche dernier, selon la même source, que 155 cas d’infection au coronavirus ont été enregistrés parmi les staffs médicaux et paramédicaux et personnels du secteur de la Santé et deux décès ont été déplorés.
Dans les régions visitées depuis deux jours par le ministre de la Santé, les appels de médecins au respect des règles de prévention et de protection sont accompagnés de commentaires d’exaspération. Selon le professeur Houssem Eddine Ghodbane de l’université Mohamed Khider de Biskra, cité par l’APS, la lutte contre la propagation du coronavirus relève de la responsabilité des personnes et «ne se limite pas au simple geste de port de bavettes à chaque sortie, mais il faut réduire au maximum les sorties et éviter carrément les regroupements familiaux et sociaux tout en respectant la mesure de la distanciation physique avec une alimentation saine et équilibrée pour renforcer l’immunité».