A la veille de la visite du chef de la transition malienne, le général à la retraite Ba N’daw, des ministres de son gouvernement s’emploient à déminer le terrain sécuritaire. Mercredi, 10 mars, le colonel-major Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation nationale, a annoncé avoir rencontré Dan Nan Ambassagou et Youssouf Toloba, chefs d’une milice dogon, accusée du massacre de civils et officiellement dissoute. La rencontre a eu lieu mardi 9 mars en périphérie de Bandiagara, en pays dogon, dans le centre du Mali, un des principaux foyers de la crise sécuritaire qui sévit au Sahel.

Pour les observateurs de la scène malienne, c’est la première rencontre connue de ce genre depuis l’installation du gouvernement de transition en septembre 2020. Elle est importante dans la mesure où la milice Dan Nan Ambassagou est l’un des acteurs de la crise dans le centre du pays, en proie aux agissements djihadistes, mais aussi aux violences entre communautés, à commencer par les Dogons et les Peuls. Le chef milicien est accusé par les défenseurs des droits humains de multiples exactions contre les Peuls, souvent assimilés à ces djihadistes qui recrutent volontiers au sein de cette communauté. Avec les groupes armés djihadistes, il est désigné comme l’auteur de «crimes contre l’humanité» et «crimes de guerre» aux dépens de Peuls dans le rapport d’une commission internationale de l’ONU transmis, en 2020, au Conseil de sécurité. Mais, il réfute ces accusations.
Si les anciennes autorités d’avancement, le renversement d’août 2020 avait annoncé la dissolution de Dan Nan Ambassagou, en mars 2019, au lendemain du massacre de plus de 160 Peuls dans le village d’Ogossagou, cette milice n’a jamais cessé d’opérer dans un secteur qui échappe très largement au contrôle de l’Etat. Et les Peuls continuent à l’accuser régulièrement de les attaquer. Les militaires qui dominent les autorités de transition, et dont Ismaël Wagué est l’une des principales figures, voient dans l’entreprise de réconciliation avec les groupes armés l’un des moyens de rétablir la sécurité. Ils se sont ainsi montrés ouverts au dialogue avec certains djihadistes.
C’est à l’initiative des autorités qu’a eu lieu la rencontre de mardi, ont dit des sources proches de Dan Nan Ambassagou. «Nous avons discuté de la sécurité, la paix, la réconciliation et le vivre-ensemble», a dit à l’AFP Sékou Bolly, chargé de mission au ministère, présent à la rencontre. «C’était une bonne rencontre. Maintenant, le ministre va en faire la restitution au gouvernement avant (de décider) la suite à donner», a-t-il dit. «Cette rencontre a été organisée pour aplanir les différends et trouver les moyens de sécuriser les populations», a dit Mamadou Goudienkile, coordinateur national de Dan Na Ambassagou. «Des propositions concrètes de sécurisation ont été dégagées, maintenant, on attend le gouvernement pour voir ce qui est possible de faire ensemble», a-t-il dit.