Les signes autour des mesures d’apaisement attendues de la part des autorités sont manifestement contradictoires.
Il y a, en effet, l’amorce, par le premier magistrat du pays, d’une série de consultations avec les personnalités nationales, partis politiques et société civile, d’une part, et le recours aux arrestations et interpellations de manifestants, d’autre part.

En effet, le recours à la force à travers les arrestations enregistrées lors du 48e vendredi de mobilisation populaire a été décrié par les partis politiques et autres acteurs de la société civile, impliqués dans le Hirak, concluant ainsi à un «manque de volonté» de la part des autorités publiques. Ces arrestations sont ainsi venues se greffer à l’autre question pendante, celle des détenus d’opinion dans les signes demeurent mitigés. L’on sait à cet effet, depuis vendredi, que des figures du Hirak à l’image de Fodil Boumala et de Samir Benlarbi peuvent sortir de prison avant la fin du mois. Ce qui serait un bon signal qui s’ajouterait à la libération enregistrée, début janvier, de plus de 70 détenus dont le moudjahid Lakhdar Bouregaâ.
On en sait, cependant, moins sur le sort de Karim Tabbou, incarcéré à la prison de Koléa depuis fin septembre. C’est dire combien la question des détenus continue de peser sur la quête du dialogue pour lequel le président Tebboune multiplie les rencontres, un mois, jour pour jour, après son
investiture le 19 décembre dernier.
Il s’agit, selon la présidence de la République d’entrer «dans une phase de changement à la faveur des consultations en cours sur l’amendement de la Constitution visant à l’adapter aux revendications populaires, à instaurer une véritable séparation des pouvoirs et à conférer l’harmonie à l’action des institutions dans le cadre d’une vision démocratique globale pour la réforme de l’Etat, avec tous ses démembrements et institutions».
Du côté de la classe politique, ce sont des appels successifs à l’adresse des autorités pour éliminer les facteurs de tension. C’est le cas du Parti de l’avant-garde des libertés qui, s’il se félicite de «l’élargissement de certains détenus», appelle à la «poursuite de la libération de tous les autres détenus du Hirak». Le même parti a plaidé aussi pour que tous les agissements de nature à exacerber les Algériens soient évités afin de renforcer les possibilités d’un dialogue fécond et inclusif.
Une demande exprimée également par le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, lors de sa rencontre avec le président de la République auprès duquel il a insisté sur plusieurs points, notamment celui de «la libération de l’ensemble des détenus d’opinion, en citant les cas de Karim Tabou, Fodhil Boumala, Samir Belarbi et Abdelwahab Fersaoui, ainsi que tout autre détenu du Hirak».
Le communiqué de Jil Jadid, à l’issue de cette audience, a souligné que «le président de la République a affirmé qu’il suivait de près ces questions et que le processus judiciaire en cours permettra une libération rapide de celles et ceux qui sont en détention pour raison d’opinion». Cette annonce d’un suivi de la part du premier magistrat du pays de la question, si elle est de nature à rassurer, ou du moins à susciter l’espoir d’apaisement, reste néanmoins en attente de concrétisation.
En définitive, le processus de dialogue, engagé par le chef de l’Etat qui en est à ses premiers pas, ne saurait se passer de mesures d’apaisement et d’un climat de confiance nécessaire pour la concrétisation des objectifs qu’il s’est assignés aussi quand il était encore candidat et après son élection et son investiture.<