A la veille de la tenue de son Conseil national en session ordinaire, le Syndicat national des architectes algériens (Synaa) a dénoncé, dans un communiqué, l’exclusion des architectes de la commande publique. Il compte saisir l’occasion de la tenue de son conseil aujourd’hui pour débattre des questions liées aux problèmes des architectes.

«Après trois années très difficiles, où la commande publique s’est amenuisée drastiquement conséquemment à l’arrêt brutal des investissements publics, du jour au lendemain, la plupart des architectes algériens se sont retrouvés sur le carreau», dénonce le syndicat dans son communiqué. Il demande à ce que les cahiers des charges soient «fondamentalement révisés» et fassent l’objet de la «concertation la plus large possible» pour que ne soit considéré que l’objectif de la «qualité architecturale» qui est l’essence même de toute consultation en architecture. Les «fameux cahiers des charges» ne sont autres qu’une «classification» à peine voilée des structures d’étude. «L’on nous ressort, par le biais de ces cahiers de consultations de bureaux d’étude, les dispositions du fâcheux projet de décret vieux déjà de trois ans, et que le SYNAA avait publiquement dénoncé dans un communiqué rendu public dans la presse», précise le SYNAA. Ajoutant : «Il se trouve que la politique d’austérité, adoptée par le gouvernement et vivement critiquée dans la déclaration du conseil national du SYNAA le 25 avril 2017, fait place en ce début d’année 2018 à une procédure de présélection des structures d’études déplorée unanimement par les architectes du fait qu’ils se retrouvent, par de malencontreux écueils sélectifs, carrément exclus de la commande publique».
Pour le syndicat, «l’étau procédural tenaille les architectes jusqu’à les étouffer». Il rend «sévèrement exclusives», selon lui, les «conditions d’accès à la commande architecturale». Les architectes, «aux prises déjà avec les rigueurs d’un chômage endémique,  se retrouvent confrontés aux conditions d’accès à la commande architecturale des plus inconsidérées qui soient». Le SYNAA juge que la déclaration de l’administration, qui considère l’ensemble des architectes «incompétents», leur fait injustement porter le poids de l’échec des pratiques d’une maîtrise d’ouvrage publique sous-encadrée, qui n’a cessé de tirer les compétences vers le bas, laminant les plus volontaires et les plus résilientes d’entre elles par une commande architecturale totalement absente des appels à concurrence pourtant destinés aux architectes, la finalité des projets étant le bâtiment et non son architecture.
Le syndicat note en outre des conditions d’accès à la commande des plus «rédhibitoires», confondant la prestation architecturale (intellectuelle) avec la prestation purement commerciale, des conditions d’exercice de la maîtrise d’œuvre des plus «méprisantes», notamment en matière de délais de contractualisation et de règlement d’honoraires. Une politique de production du logement (composant principal de l’urbain et du cadre de vie) axée exclusivement sur la «quantité sans réel souci de la qualité de l’espace à produire». Il fait remarquer aussi que l’attribution à des entreprises de réalisation de prestations d’études d’architecture au mépris du décret 94-07, alors qu’elles n’ont pas vocation à les assumer, selon lui, déleste l’architecte de ses propres missions dont celle du contrôle sur l’entreprise.
Le syndicat note également une sous-rémunération des honoraires d’études, en deçà des standards internationaux, entretenue avec la complicité de l’administration dans la budgétisation des projets sur la base d’estimations sans correspondance avec la réalité des coûts de réalisation et déplore également l’absence de vision et de hauteur de vue pour la promotion de la discipline architecturale en Algérie. Enfin, il appelle l’ensemble des architectes à la «vigilance et à la mobilisation», en renforçant ses rangs par une adhésion massive pour porter haut et fort ses revendications légitimes.