Constantine a été l’hôte, pendant une journée, de toute la planète agriculture de 20 wilayas de l’Est et du Sud-Est. Au siège de l’hôtel militaire, les représentants des 20 wilayas, en plus de cadres de la CRMA et de plusieurs directions de l’agriculture ont débattu des labours-semailles de l’année, qui s’annonce bonne.

« Constantine a été choisie pour abriter cette rencontre du fait de sa production record de blé et de légumes secs de l’année écoulée », dira le wali de Constantine, en prélude aux travaux de ladite journée. Le Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, du Développement agricole et de la Pêche, Chadi Kamel, abondera dans le même sens en relevant le rôle majeur de Constantine sur l’échiquier du secteur agricole et de sa situation géographique qui en fait « une ville incontournable dans bien des domaines ».
Malgré les applaudissements des présents dans la salle de conférence, auparavant, plusieurs cadres de différentes directions de l’agriculture ont fait part, mais seulement en aparté, des deux poids deux mesures de l’Etat qui accorde des subventions « souvent à ceux qui ne le méritent pas ». Beaucoup de problèmes aussi ont été mis en évidence, comme celui du stockage des récoltes. « Chaque année, nous enregistrons des productions records de tomate, et chaque fois, nous sommes confrontés au manque de surfaces de stockage. Sinon, nous sommes obligés de faire une queue de plusieurs jours parfois pour écouler notre produit auprès des usines de transformation. Bien sûr, nous sommes obligés d’accepter les prix qu’on nous propose, sinon, et vu la fragilité de la tomate, une grande partie sera jetée», nous dira un agriculteur de la wilaya de Guelma. Le même son de cloche est enregistré du côté des Zibans, où les propriétaires des palmeraies sont dans l’obligation de tout faire en l’espace d’un mois ou deux pour cueillir les dattes, les conditionner et les envoyer pour commercialisation, en raison des capacités minimes de stockage.
Production record, mais…
Pour Constantine, un cadre de la DSA mettra en doute la production de blé et de légumes secs de la wilaya en affirmant que « les cadres de l’agriculture se font mousser en déclarant une production record. Mais connaissant les capacités de stockage de Constantine, qui sont importantes comme chacun le sait, mais pas assez pour emmagasiner toute la quantité qu’on ne cesse de vanter à longueur d’année, un doute subsiste chez tout un chacun du domaine ». Côté service, on n’est pas non plus à l’abri, car chez la CRMA, « on passe notre temps à débusquer le bon grain de l’ivraie. Chaque fin de saison agricole, des agriculteurs se voient proposer par des importateurs de blé indélicats un joli pactole, à condition de brûler leur récolte. Cela engendre une rareté du blé et les importateurs pourront fixer un prix à leur convenance. Certains agriculteurs, en plus d’avoir perçu une bonne obole, viennent nous déclarer le sinistre voulant, en plus, être indemnisés après l’incendie de leur récolte. Et à la CRMA de faire le tri entre les vrais sinistres et les faux », nous confiera un cadre de la Caisse régionale mutuelle d’assurance. Et malgré le satisfecit des officiels quant aux chiffres avancés çà et là, il persiste que la pomme de terre avoisine toujours les 80 dinars, la tomate les 150, la mandarine les 200, et la banane, uniquement celle importée, la production nationale étant vraiment insignifiante, vogue allègrement vers le chiffre astronomique de 700 DA le kilo. En conclusion, la constatation établie par tous les présents à la rencontre de jeudi passé est qu’il y a « quelque chose de pourri », non pas dans le royaume du Danemark comme disait Hamlet, mais dans les rouages du dispositif de commercialisation des produits agricoles, sachant que le producteur de pommes de terre, par exemple, propose sa marchandise à 15 DA au maximum le kilo, pour qu’elle se retrouve sur les étals des marchands au détail à 80 DA !