Si les raisons invoquées varient d‘une année à l’autre, le résultat est le même. Il faut se lever de bonne heure, avoir des connaissances et patienter pour avoir l’allocation touristique de la «honte». Tant d’efforts pour une allocation qui a rétréci comme peau de chagrin pour se décliner à 100 euros.

Les différentes agences bancaires que nous avons visitées affichent toutes le même mépris pour le client qui veut «son» allocation de l’année. Quant à ceux qui n’ont pas de compte dans la banque, mieux vaut se résigner. Donc, pour avoir les misérables 100 euros, il faut être au guichet des changes à 8h45, sachant que les portes des agences ne s’ouvrent qu’à 9H tapantes. Il faut ensuite patienter face au préposé à la mine patibulaire, déposer le passeport et pas question d’en déposer pour les autres membres de la famille : chaque « prétendant » devant se présenter lui-même. Si vous avez de la chance, vous aurez déposé votre passeport avant…9 h, car à pile, plus d’euros, il faut revenir le lendemain. Pas plus de 15 servis par jour. Un quota sur lequel semblent tomber d’accord les CPA, BEA, BADR, et autres banques primaires qui justifient ce rationnement par la rareté des devises. Et cela dure depuis une dizaine d’années.

Le change à Lakhdaria
Pour avoir une obole de deux cents euros, un couple de cadres dans une entreprise nationale, le mari étant le directeur général, s’est déplacé jusqu’à Lakhdaria pour avoir une somme qui leur permettrait de passer juste une journée au-delà de la Méditerranée. «J’aurai pu avoir mon change et celui de mon épouse en moins d’une heure. Avec mes connaissances, ce n’est pas difficile. Mais, depuis deux ans, j’ai décidé de faire comme presque tout le monde et tester mes demandes sans connaissances. L’année dernière, je me suis déplacé de commune en commune et de wilaya en wilaya, pour avoir le change à Boumerdès. Je rentre, je demande le change, et si la réponse est négative, je tourne les talons, et je vais voir ailleurs. Cette année, c’est à Lakhdaria que j’ai été servi. En tout cas, à Constantine, si vous n’êtes pas introduit, vous n’aurez rien du tout. Moi, j’ai décidé de me déplacer là où l’on voudra de moi et de mon épouse et ça me permet de faire du tourisme…» nous dira mi-amusé, mi-dépité notre interlocuteur.
Pourtant au centre-ville, entouré de plusieurs banques et de la Banque centrale, les «banquistes» improvisés sont là, malgré la canicule qui sévit depuis une quinzaine de jours, des liasses de dinars à la main «chantant» la même litanie depuis des lustres : «change, euros, dollars…» Et là, il n’y a jamais pénurie de devises. «Il n’y a un manque en devises que lorsque l’euro baisse face au dinar. Et comme ça se produit rarement, nous sommes tranquilles. » Par contre, les clients ne se bousculent plus aux guichets invisibles du change au noir.

A 210 DA sur le marché parallèle, les ardeurs sont refroidies
L’euro a tellement flambé, qu’il a refroidi toutes les ardeurs. Il s’échange actuellement à 210 DA. Une petite brise de change a bien secoué les cambistes de la place de la brèche au moment de l’affichage de la liste des futurs hadjis, puis plus rien. Même le dinar tunisien, un pour 6,50, qui a sensiblement baissé, ne trouve plus preneur. En conséquence, le Constantinois, et peut-être l’Algérien, a décidé de passer ses vacances chez lui, bas de laine troué oblige. Il s’en ira à Jijel où il ne trouvera pas à manger à partir de 20H, il s’y promènera mais ne portera pas de short (haram !), ou à Annaba où les plagistes vous accueilleront avec des gourdins, peut-être à Alger, où votre barbe poussera dans les embouteillages, éventuellement à Tipasa où les Hadjoutis vous prendront « bien » en charge au niveau de « leurs » plages, ou carrément à l’ouest où vous pourrez bronzer sur les plages, à condition d’écarter soigneusement les plastiques et les déchets qui ont remplacé depuis longtemps le sable, autrefois doré.