Dès l’annonce du confinement de Constantine de 19H à 7H du matin, ça a été tout de suite la ruée sur… la rue. Des jeunes écervelés, et comme s’ils s’étaient donnés le mot, ont commencé à se regrouper, entre cinq et dix personnes, comme on a pu le constater lors de notre retour triomphal à la maison. Triomphal ? Oui, et comment ne le serait-il pas quand on a un sachet de semoule parmi les provisions, obtenu grâce à quelqu’un, qui connaît quelqu’un, qui… Pour en revenir au confinement partiel annoncé et en vigueur depuis hier, c’était vraiment des visions hallucinantes qui s’offraient à nous. Des moins de trente ans, mais avec un âge mental nettement revu à la baisse, bravant le virus et risquant de le ramener à la maison comme cadeau empoisonné, étaient en train de jouer aux cartes sur le trottoir. «Mais non, il ne nous arrivera rien. C’est juste qu’on a l’habitude de faire quelques parties dans la soirée. Et comme samedi c’est le couvre-feu, on en profite», répondra un jeune en survêt Lacoste. A Souk El Asr, le marché «des pauvres», les étals sont presque vides depuis le confinement volontaire de la majorité de la population. Même les marchands manquent à l’appel. «On a peur de ramener de la marchandise et qu’elle s’abime faute de clients», nous dira Hafid, un marchand de fruits, sur place, depuis 35 ans.
Les marchands ambulants qui ont fait le jeu en approvisionnant régulièrement tous les quartiers de la ville, ou presque, sont ravis par contre que leurs déplacements soient permis même la nuit. Les quelques clients venus s’approvisionner en oranges, avec une distanciation impeccable, ne s’en font pas pour le confinement nocturne. «De toute façon, les Constantinois sont des couche-tôt, cela ne changera en rien à nos habitudes». Propos de Mustapha, un médecin généraliste qui sera sûrement appelé à bosser la nuit par ces temps d’infortune.
D’autres jeunes idiots, et le mot n’est pas trop fort, ont choisi de jouer au ballon, très vite rabroués par des gens plus âgés qui s’étouffaient en essayant de les sensibiliser au danger auquel ils s’exposaient. Rien n’y fera. C’est ce qu’on appelle peut-être l’âge bête…
Si le confinement nocturne ne pose pas de problèmes particuliers aux plus de 40 ans, vu leurs us et coutumes, il n’en sera sûrement pas de même pour les plus jeunes qui décideront, et ils le clament haut et fort, de braver l’interdit du 19/ 7.
Plus grave, une inconsidérée, dont l’âge ne doit pas dépasser les 25 ans, croit savoir que «les autorités nous mentent. Mon oncle est pompier et il a porté avec trois de ses collègues aujourd’hui même 4 cercueils de personnes toutes décédées le même jour du Covid-19». Sur un autre post audio, elle affirme que son oncle (elle en a des oncles) qui travaille au CHU lui aurait affirmé que «pratiquement tout le personnel de santé est infecté et qu’il se trouve en confinement». Le tout suivi par un «conseil» de se rebeller, mais la sotte ne dit pas comment. Des posts relayés à souhait par des Constantinois inquiets, mais très vite rassurés par les docteurs Kermiche et Omar Mehsas, et par nous-même, après avoir eu la certification par Madjid Ameur, le directeur de l’Epic chargée des cimetières de Constantine, que «4 enterrements spéciaux relèvent de la pure affabulation».
L’oisiveté étant mère de tous les vices, dit-on, le confinement des couche-tard ne changera pas grand-chose à ceux qui affectent les habitants du Vieux Rocher.