Constantine ne cesse de défier les règles les plus élémentaires de la protection contre la Covid-19. Le nombre de contaminés, en perpétuelle croissance quasiment exponentielle, ne finit pas d’inquiéter les autorités et surtout la population.

Le rapport remis au Premier ministre lors de sa visite à Constantine a eu son effet avec un renforcement du confinement, mais depuis deux jours on parle déjà de… «déconfinement».
Constantine, du fait de faire fi des mesures de protection les plus élémentaires, est en passe de devenir le nouveau cluster de la Covid-19. Le jour de l’Aïd, elle a enregistré 28 cas de contamination, culminant pour la quatrième fois au rang des wilayas relevant un maximum de cas. Le second jour, aucun cas de contamination. Il est vrai que les deux jours de l’Aïd, nous avons constaté que la ville était quasiment déserte, mais dès le mardi, c’était carrément une foule qui se «vengeait» des deux jours précédents. Le port du masque, obligatoire faut-il le souligner, n’est qu’un vœu pieu. Les agents de la Sûreté nationale, auxquels il faut rendre hommage pour leur disponibilité et leur dévouement depuis l’apparition du virus tueur, sont quand même mis à l’index quand il s’agit d’appliquer la loi. Car pendant le Ramadhan, si l’ouverture des commerces de gâteaux traditionnels et pâtisseries a été interdite, il n’en demeure pas moins que dès le début de l’après-midi des étals de zlabia, kalb ellouz et autres pâtisseries foisonnaient dans tous les coins de la ville, pendant que les magasins de vêtements, rideaux à demi-ouverts, recevaient une clientèle à la recherche de vêtements pour leur progéniture pour un Aïd où ils ne sortiront pas. L’entrée des marchés, conditionnée par le port de bavettes, a été une immense farce. Les marchands portaient rarement un masque de protection et encore moins la clientèle qui se bousculait lors des dernières emplettes du Ramadhan.
Les conséquences, on les connaît. «Toutes nos structures sont saturées. Que ce soit les hôpitaux El Bir, Didouche-Mourad ou le CHU, on n’arrive plus à contenir le flot incessant de contaminés. Mais on ne peut refuser personne. On se débrouille, et je dois dire que le personnel soignant est tout aussi saturé que les structures elles-mêmes. Les rumeurs qui affirment que la majorité des malades vient d’autres wilayas sont dénuées de tout fondement. Tous sont de la wilaya de Constantine, à part deux ou trois cas de Blida et d’Alger, des personnes qui passaient par Constantine.». Le constat est fait par Aziz Kabouche, le chargé de la communication au niveau des structures hospitalières.

Hôpitaux saturés
Il nous apprendra aussi que contrairement à certaines applications qui affichent le chiffre de zéro guérison à Constantine, «nous avons enregistré 105 guérisons, dont 52 pour le seul CHU» sur les 418 cas officiels enregistrés au 25 mai, et 19 décès. Toujours du côté du CHU, on apprendra qu’une famille élargie de 11 personnes a été admise deux jours avant l’Aïd. Tous les membres ont été déclarés positifs à la Covid-19. La conséquence d’une sous-estimation de la dangerosité du coronavirus. Une dame âgée a malheureusement rendu l’âme, alors que trois autres ont été libérées. Sept personnes sont encore hospitalisées.
A la cité El Bir, au niveau de l’hôpital éponyme, c’est le branle-bas de combat. Une vidéo sur les réseaux sociaux et des posts assurent que la direction a imposé à tout malade atteint de la Covid-19 hospitalisé «d’avoir un garde-malade». La vidéo montre, en effet, une personne en tenue de «cosmonaute» prenant soin d’une personne âgée. C’est le fils du malade qui a été admis avec son père. Mais il y a une nuance et de taille, confirmée par la famille du malade et des sources du CHU et de l’hôpital El Bir. Le malade a bien été hospitalisé sur place, son fils est effectivement avec lui, mais, et il y a un mais, cela l’a été à la demande du jeune homme qui voulait rester avec son père. Un médecin de l’hôpital El Bir a permis à un jeune de moins de vingt ans, apparemment, d’accompagner son père comme garde-malade, et cela dure depuis quatre jours, selon une source de la famille du malade. Le scandale a éclaté mardi quand le jeune homme a voulu quitter l’hôpital, ce que d’autres médecins n’ont pas permis, ignorant la «qualité» de leur pensionnaire. Des tests ont été pratiqués sur «le garde-malade», et les résultats ne lui permettront sûrement pas de quitter l’hôpital de si tôt. Si la «note» obligeant tout malade contaminé d’avoir un garde-malade s’est révélée farfelue, la permission délivrée par un médecin engage quand même la responsabilité de la structure de santé.
Tout comme les mises en garde adressées aux inconscients sans bavettes par la police. Des centaines d’infractions ont été constatées, mais sans les P-V contraignants. On table toujours sur la prévention. La cohorte de voitures à Ali-Mendjeli, Khroub ou Didouche-Mourad, ainsi que les emplettes qui n’en finissent pas aux quartiers Souika ou à Oued El Had imposent des mesures draconiennes. «On parle de déconfinement, mais les autorités, et à leur tête un P/APC que l’on n’a pas vu ni entendu depuis le déclenchement de l’épidémie à Constantine, savent qu’à Constantine il n’y a jamais eu de confinement au sens propre», nous dira un médecin d’une polyclinique. Il ajoutera que «les médecins, et à leur tête les résidents, seront les premiers à payer la note fatale».
La sonnette d’alarme est donc tirée, même si pour le moment personne ne semble l’entendre. Des élus, comme la députée Nassima Bendjedou, et les docteurs et élus aussi, Saïd Omar Mehsas et Waheb Arab se démènent depuis des semaines non seulement pour sensibiliser, mais aussi pour alerter les plus hautes autorités du pays sur le danger qui plane sur Constantine, à l’aide de rapports bien ficelés dont le dernier a été remis à Abdelaziz Djerad lors de sa visite à Constantine. Leurs voix seront-elles entendues ? Les Constantinois se sentiront-ils plus concernés par les appels à la raison ? Rien n’est moins sûr connaissant la mentalité des personnes faisant fi de tous les règlements sanitaires, même si elles ont été créées pour les protéger d’eux-mêmes.