Le Hirak a eu beaucoup de mal à réunir ses troupes pour ce 55e vendredi contestataire. La procession, qui s’ébranlait à chaque fin de prière hebdomadaire, ne trouvait pas les habituels marcheurs qui se regroupaient place du
1er-Novembre. Il y a eu quand même quelques centaines qui ont fini par se regrouper pour faire la procession habituelle de plusieurs fois le tour du centre-ville. Les «revendications» étaient les mêmes, allant de «dawla madania machi askariya» en passant par la «libération des détenus politiques» et «on n’est pas venu fêter, mais pour manifester». Ce qui n’a pas empêché certains de festoyer, gobelet de café dans une main, cigarette dans l’autre, ainsi, comme on a pu le noter, le retour des carrés «privés» où des gens se regroupent à l’intérieur d’un cordon de «sécurité», refusant l’accès à d’autres personnes, n’oubliant pas surtout de prendre photos et selfies pour la galerie. Des m’as-tu-vu qui n’ont pas été appréciés par les habitués du Hirak, le vrai, qui essayent de tenir un débat sur l’esplanade qu’ils investissent à chaque fin de manifestation du vendredi.
Il y a eu aussi et surtout des slogans prônant le «ni islamique, ni laïc», faisant référence au mode de gouvernance d’une Algérie libre et indépendante. Un slogan en réponse, sûrement, au discours anti-laïcité et anti presque tout, sauf «el badissia», de Mokri la semaine dernière à Constantine où il a tranché avec son discours habituel par un autre virulent à l’encontre de tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Plusieurs barbus en kamis ont aussi participé à ce 55e vendredi, un peu plus que d’habitude mais sans slogans islamistes. Le cortège qui a duré presque trois heures s’est dissipé comme d’habitude dans le calme. Karim, un inconditionnel qui n’a raté aucune manifestation depuis le 22 février 2019, se posera la question, avant de rentrer chez lui, emblème national sur les épaules, «s’il y aura encore du monde vendredi prochain ?».