Après une accalmie sur le prix des viandes rouges, qui aura quand même duré presque six ans, la tendance est, depuis quelques jours, à la hausse. Et quelle hausse ! Les viandes ovines, qui se sont stabilisées autour des  1 200 à 1 300 DA, le sont encore. La surprise, mauvaise, est venue cette fois des viandes bovines qui chauffent les étals des bouchers.

Les parties nobles (steack, noix, jarret…), dites sans os, ont fait un bond de 1 200 et  1 300 à 1 500 DA le kilogramme, alors que la viande avec os, comme on dit, passe de 750 à 1 000 DA. Du jamais vu à Constantine ! Quant au prix du rumsteck, filet et faux-filet, il vaut mieux devenir végétarien. Cette «très chère» situation a fait que les boucheries, déjà boudées du fait des prix des viandes ovines, le sont encore plus avec «la promotion» des viandes bovines. «Nous avons trouvé la parade, il y a quelques années, pour que le merguez et le cachir maison restent abordables. Nous avons échangé presque intégralement les tombées de viande par de la viande bovine, délicieuse et bon marché. Merguez et cachir se sont stabilisés entre 800 et 1 000 DA. Maintenant, avec la hausse de tout ce qui est bovin, les clients vont acheter moins et notre chiffre d’affaires, déjà mal, risque de fondre». Propos désabusés d’un boucher du marché Boumezzou, baromètre des prix des viandes rouges et blanches à Constantine. Cette situation trouve son explication, selon notre «consultant», un éleveur du côté d’El Jedour, à la sortie sud de Constantine, «dans la hausse des prix des veaux qui se négocient autour de 50 millions la tête, alors qu’elle ne dépassait pas le printemps dernier les 30». La hausse exponentielle des aliments pour bétail est derrière cette inflation, de même que le blocage des importations de certaines «matières premières «(sic), toujours selon notre éleveur. La sécheresse qui a caractérisé les mois de septembre et d’octobre n’ayant pas facilité les choses, les maquignons se sont rués sur la brèche créée par tous les éléments cités plus haut pour imposer encore une fois leur diktat, révélant si besoin est, l’absence de l’Etat, censé être le régulateur du marché. Ces mêmes maquignons, comme expliqué par un cadre de l’Union locale des paysans, font maintenant main basse en amont de la production en créant un monopole sur les aliments pour bétail, comme le seigle, l’avoine, et le soja, en plus d’une mainmise sur les médicaments, antibiotiques et vaccins. Les maquignons prennent du grade face à l’absence d’un contrôle étatique rigoureux et se transforment en barons, arguant les augmentations démentielles des prix «des matière premières «par la dévaluation constante de la monnaie nationale. Notre locuteur nous indiquera que plusieurs éleveurs ont déjà mis la clé sous le paillasson. «Le prix de la vache laitière flirte avec les 40 millions la tête. Des producteurs de lait ont préféré orienter leur gagne-pain vers des abattoirs et se tourner vers des secteurs où l’herbe est plus verte. Par ricochet, dans les prochains mois, c’est la filière du lait et ses dérivés qui va en pâtir». Situation des plus inconfortables des deux côtés des viandes rouges, le boucher et le consommateur. Et dire que la planche à billets n’a pas encore commencé à tourner.