Les travailleurs de plusieurs établissements hospitaliers de la wilaya de Constantine ont organisé, mardi, une marche de contestation du CHU Dr Benbadis jusqu’à la Direction générale de la santé, deux kilomètres plus loin. Les contestataires, et ce fut une grande surprise, exigeaient le départ définitif du directeur de la santé de la wilaya, M. Benkhedim, et plusieurs de ses collaborateurs et inspecteurs.

Une surprise, car depuis la venue de M. Benkhedim, et selon les syndicats protestataires eux-mêmes, il y a seulement quelques semaines, « la santé à Constantine se porte beaucoup mieux », pour faire un virage à 180° et dénoncer aujourd’hui les « abus du Directeur de la santé et de la population (DSP) qui doit être suivi de son départ définitif ». Pour cela, ils brandissent la menace d’une grève au niveau de la majorité des centres de santé, et surtout au CHU, à partir d’aujourd’hui jeudi.

Accusations et contre-accusations
A grand coups de « dégage » et de « klitou lebled ya sarakine », les protestataires ont dressé un tableau sombre de l’activité du directeur de la santé, en poste à Constantine depuis un peu plus de deux ans, en lui faisant porter le chapeau de tous les maux qui affectent la wilaya sous sa charge. Selon un syndicaliste du CHU, « le DSP est à l’affût des responsables avec lesquels il ne s’entend pas et les fait surveiller et contrôler par des inspecteurs qui lui sont affiliés », tout en ajoutant « que les autres centres de santé sont rarement contrôlés, car les responsables sont ses amis (sic !) » Notre interlocuteur mettra aussi le doigt sur la surcharge au niveau du CHU et le manque de matériel divers pour une prise en charge des malades. Du côté de la DSP, et même au niveau du CHU, c’est un autre son de cloche. Les inspecteurs au niveau de la DSP se sont férocement défendus, en présence de plusieurs médecins des centres de santé « protestataires », certifiant que la majorité des protestataires est issue du CHU
Dr Benbadis, photos et rapports en soutien. « C’est une méthode du directeur, Kamel Benyesaâd, mis sous contrôle judiciaire depuis trois semaines. Nous subissons des intimidations de la part de ce même directeur, après chaque visite de contrôle que nous réalisons au niveau du CHU. Il n’assiste jamais aux réunions et ne prend jamais en considération nos recommandations. Il a piqué une crise de nerfs lorsque nous avons dévoilé, ces derniers jours, une situation catastrophique suite à un rapport sur la conservation de la nourriture destinée aux malades, la conservation des médicaments (voir notre article sur le sujet, édition samedi dernier : ndlr), l’hygiène, le manque de médicaments, le manque de matériel, les anomalies des appareils et la liste n’est pas exhaustive. Et il y a eu sa mise sous contrôle judiciaire, qui sera sûrement suivie par d’autres décisions conservatoires ». Ces mêmes inspecteurs nous exhiberont des documents attestant de l’engagement de la DSP pour la fourniture des hôpitaux de Constantine, à leur tête le CHU, avec des sommes d’argent ahurissantes. « L’argent est perçu, mais l’équivalent en médicaments, nourriture, matériels et entretien est absent. Nos remarques et rapports dans ce sens ont été ignorés et le directeur n’a cessé de nous intimider et de nous menacer, directement ou par l’intermédiaire de syndicalistes, qui sont impliqués dans plusieurs affaires de détournements de biens sociaux et sont, depuis des années, sous la loupe de la justice. N’étaient les protections dont ils jouissent de la part de M. Benyessad, il y a longtemps qu’ils seraient sous les verrous ».
Inspecteurs, directeur de la santé, et même des médecins et personnels de la santé des centres « contestataires », se sont entendus pour recourir à la justice, pour diffamation et menaces, tout en continuant à s’opposer à la gestion du directeur du CHU « qui devra répondre de plusieurs accusations prochainement, en plus de celles qui lui sont incombées dans le cadre de l’approvisionnement de l’hôpital Benbadis en denrées alimentaires, affaires pour lesquelles il est sous contrôle judiciaire ».