Blindé comme un soldat allant au front, on essaye de mettre le nez dehors. Ou plutôt le bec, de la forme du masque que l’on porte. Un masque qui coûtait 40 DA avant l’ère Coivd-19, acquis il y a trois jours à 150 et «actuellement il est à 300 DA au prix de gros», nous dira le pharmacien Chaouch-Teyara, fidèle au poste.

« Je n’ai pas le droit de fermer, surtout que mon officine avoisine le CHU », ajoutera-t-il en m’emballant mes deux boîtes de paracétamol. Autour du même CHU, il n’y a pas beaucoup de monde à 14H, une heure où d’habitude les alentours grouillent de malades pour auscultations et les visiteurs avec une moyenne de 12 par malade. Nous avons essayé d’avoir des nouvelles d’une dame déclarée positive au Covid-19, mais les lignes de téléphone officielles restent muettes et celles des « connaissances » sont hors service. Même chose au niveau de la Direction de la santé. «Le ministère de la Santé est le seul habilité à transmettre les chiffres concernant le Covid-19», est tout ce que l’on parviendra à récolter. Tant mieux, cela réduira peut-être les nombreux on-dit et les «officiels» que clament certains. Direction Oued El Had, où l’on a vu vendredi des scènes irréalistes. Des jeunes agglutinés sur le semblant de gazon du rond-point de la cité, et des hommes âgés, tabac à chiquer dans une main et une sebha dans l’autre, papotant à souhait dans les nombreux cafés du populeux quartier. La veille, la gendarmerie est venue pour contrôler, avec les agents du contrôle des prix, les immenses garages où l’on trouve de tout. Mais cette fois, c’est la semoule qui se taille la part de lion. Bien sûr, personne n’a de facture et tout le monde vend à des prix « corrects ». « La semoule normale est à 850 DA et la super à 950 DA», dira un grossiste à un gendarme. La maréchaussée le prendra au mot, et ses agents, tranquillement assis sur des palettes d’eau minérale, «aideront» même «l’honnête» commerçant à écouler sa marchandise. Vingt minutes auront suffi, alors qu’au même commerce, avant le contrôle, la semoule se négociait exactement au double énoncé. Au détail, la semoule extra se vendra à 2 500 DA le sac de 25 kg, plus que le double en temps de quiétude. Au marché, si la pomme de terre a lâché un peu de lest, 60 DA au lieu des 100 affichés mercredi dernier, l’oignon lui reste toujours accroché à ses 90 DA. Le marché s’affole, les consommateurs surtout. Au niveau du centre-ville, à l’usine ex-Cafarel, ce sont des prises de bec à n’en plus finir. La javel, devenue un «ingrédient» indispensable, est le sujet des disputes. Chacun veut avoir ses 10 litres et plus si affinités avec l’un des vendeurs. Juste à côté, les BRI ont investi une soupente où des adolescents prenaient des cours de physique. Tout le monde dehors et le propriétaire de « l’école » et l’enseignant ont été destinataires d’une convocation en bonne et due forme au commissariat central. Excellente initiative de la part de la Sûreté nationale, qui ne s’est pas arrêtée à ce stade puisque nous avons croisé plusieurs de ses agents convertis en apôtres de la sensibilisation aux dangers du Covid-19. Les sapeurs-pompiers, de leur côté, font aussi de la sensibilisation à l’aide de porte-voix, en essayant de convaincre les gens de rester confinés, la seule arme efficace pour le moment contre le Covid-19.
Javel, javel…
Un tour à Ali-Mendjeli nous a fait dresser les cheveux que l’on a plus sur la tête. Embouteillages, « engeulades », bousculades au magasin UNO du Ritejmall et ailleurs. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un sachet de semoule, à une bouteille de Javel ou… à n’importe quoi est raflé. Devant notre étonnement, un ami rencontré par hasard, qui habite Ali-Mendjeli malgré lui, illustrera toute cette anarchie et la distanciation de… très près, par un solennel « c’est normal pour une ville où les rues ne portent pas de nom, et où il n’existe aucune plaque du code la route ». Oui, ça se tient, car même les quartiers ne portent que des numéros ! Retour au chef-lieu de wilaya où l’autoconfinement a commencé dès ce dimanche. Pas de café ni de transport, et les marchés quoique frétillants n’offrent pas les scènes de préparation à une famine d’il y a trois ou quatre jours. Des véhicules de l’Edevco, une Epic de l’APC de Constantine, s’active à nettoyer les rues et les murs de la ville à l’aide d’un mélange d’eau et de désinfectant. Les pulvérisateurs touchent tout ce qui ne bouge pas et même ce qui bouge. « Il aurait été plus judicieux de désinfecter les lieux communs des habitations et les administrations encore ouvertes », nous dira un commerçant qui, gentiment, renforcera notre attirail antiCovid-19 par une paire de gants offerte gracieusement. Merci. Ce dimanche est aussi le jour de l’application des directives du Président de la République et du Premier ministre concernant la guerre à la bébête Covid-19. Il est stipulé, entre autres, que les administrations se doivent de libérer 50 % de leur effectif pour un congé payé de 14 jours. L’APC de l’antenne Emir Abdelkader a appliqué de suite cet alinéa. Elle est même allée un peu trop loin en libérant… 100 % de son effectif, gardant jalousement ses locaux fermés devant les rares personnes venues pour des papiers administratifs. C’est peut-être l’heure de rentrer. Le masque ffp2 est efficace, c’est sûr, mais la sueur abondante en dessous est garantie, ainsi que la buée qui affecte les lunettes. C’est l’heure de rentrer et d’envoyer mon papier à mes collègues d’Alger. n