Les agents de l’ordre ne savent plus où donner de la tête. Un lieutenant secondé par deux agents vient juste de saisir une quantité non négligeable de foin et de couteaux à l’entame de la cité Ziadia. En redescendant vers le commissariat, il constate que les « marchandises » saisies ont vite été remplacées. « Nous en saisissons trois ou quatre par heures, mais les gosses reviennent quelques minutes après. Nous devons aussi contrôler les points de vente de moutons non agréés et empêcher les maquignons des autres wilayas de venir à Constantine. A cela il faut ajouter le contrôle des contrevenants, commerçants et clients aux gestes barrières. En plus de notre travail quotidien du combat contre la petite et grande délinquance », nous dira l’officier de la BMPJ.
A la cité Daksi, nous retrouvons encore des policiers. Cette fois, c’est pour organiser la queue confuse et interminable devant le bureau de poste. La police a été chargée de mettre un semblant d’organisation des dizaines de clients de la poste en quête d’une somme d’argent qui leur fait défaut depuis quelques jours. La crise de liquidités est là, têtue et présente, quoi qu’en dise. Plusieurs agences postales, pour ne pas dire toutes, ont baissé rideau faute de liquidités et, par ricochet, faute de satisfaire une clientèle exaspérée de ne pas trouver son solde, pourtant viré par la CNR, pour les retraités, et par leurs employeurs, pour les fonctionnaires.
Plus bas, à la cité des Frères-Abbas, Oued El Had, une fumée ocre et acre nous attire, ou plutôt nous repousse. Les riverains n’ont pas trouvé mieux pour « nettoyer » leur quartier qui croule sous les ordures ménagères que d’y mettre le feu. « Nous savons que c’est polluant, nous savons que plusieurs personnes vont avoir des problèmes de respiration, mais Allah Ghaleb, c’est la seule solution que nous avons trouvé pour réduire les tas d’immondices qui n’ont pas été ramassés par l’APC », nous dira Moncef, un boucher riverain de la cité. Il faut dire que toute la ville de Constantine croule effectivement sous des tonnes d’ordures ménagères depuis le 7 juillet, date à laquelle les agents de l’Epic communale chargée de l’enlèvement des ordures, Propco, ont décidé d’entamer une grève illimitée pour exiger « des moyens conséquents pour travailler et de protection contre la saleté et la Covid-19 ». Résultats, tous les quartiers de la ville offrent un aspect repoussant en plus d’une odeur nauséabonde qui vous donne un haut-le-cœur. L’APC, comme d’habitude, affronte le problème de biais et charge d’autres Epic communales de « donner un coup de main » avec leurs matériels. Les grandes artères, visibles, sont visitées de temps à autres et débarrassées de leurs immondices, tandis que les cités en retrait du regard des responsables sont complètement ignorées depuis plus de vingt jours. A cela il faut ajouter la Seaco, qui joue avec les nerfs des Constantinois depuis des semaines en rationalisant l’eau à sa portion congrue prétextant, comme toujours, des pannes et des travaux sur leur réseau de distribution. A la veille de l’Aïd, au lieu de rassurer le Constantinois lambda sur la disponibilité de l’eau pour la fête qui s’annonce, la Seaco recommande une utilisation rationnelle du précieux liquide.
Sinon, pour le mouton, rien n’a changé. Les cités populaires sont déjà envahies de quadrupèdes et parsemées de foin, et l’odeur fétide des écuries flotte dans presque toute la ville. Si les points de vente sauvages ne sont pas aussi nombreux que par le passé, la cohorte d’acheteurs-palpeurs est omniprésente et les gestes barrières préconisés et recommandés sont foulés du pied par les pères de famille et leur progéniture, ainsi que par les pattes des futures « victimes » le jour de l’Aïd.
De son côté, la mercuriale, et tant mieux, ne s’est pas enflammée. Oignons, tomates laitue et pommes de terre affichent des prix raisonnables, de même que le poulet. Et même le mouton dont le prix oscille entre 40 000 et 70 000 Dinars.
En somme, moutons et Covid-19 font bon ménage à la veille d’une fête à haut risque. Espérons que les seules offrandes de l’Aïd El Kébir ne soient que les béliers et les moutons…