Les agents de l’ordre, auxquels on présente encore une fois toute notre gratitude pour le travail immense qu’ils abattent chaque jour, traquant les voyous et les réfractaires aux masques et à la distanciation sociale, doivent être un peu plus fermes envers les contrevenants qui mettent leur vie et celles des leurs en danger.

La Toyota Rave 4 roulait à une allure moyenne. Pourtant, un motard arrête le conducteur et le menace d’un P-V de l’équivalent de 150 dollars pour motif que le conducteur ne portait pas correctement son masque protecteur, un ffp2. Puis il mettra de l’eau dans son vin quand le conducteur lui expliquera qu’il était seul dans la voiture, toutes les vitres montées et que, bien sûr, en descendant du véhicule il ajusterait son masque. Cela s’est passé à… Nairobi, pas à Alger, Ouargla ou Tébessa.
La C3 avait emprunté l’autoroute trois heures auparavant, et la mer, était la destination du week-end des parents et des deux enfants. Un flic fait signe de la main pour que le véhicule se range à droite. Après vérification d’usage, il s’avère que la résidence des cinq occupants de la voiture était à plus de 100 km. Cette fois, le P-V dressé est de 150 euros. Cela s’est passé à quelques bornes des plages de Normandie, en France, pas à Oran, Blida ou Annaba. La Renault Symbol roulait doucement. Il était 21H35. Le barrage établi à la sortie de la ville sera la barrière ultime pour sortir de la ville. Le policier fera remarquer au conducteur et à ses trois amis que le confinement commençait à 19H et qu’il était interdit de sortir sans raison professionnelle ou sanitaire. Il n’y aura pas de P-V, l’agent de police a été très «gentil», et les jeunes ont promis qu’on ne les y reprendra plus. Cela se passe à Constantine, Béjaïa, Saïda et Laghouat… Trois exemples, trois comportements identiques de citoyens ordinaires, mais des attitudes des agents de l’ordre tantôt dissuasives ailleurs, très complaisantes, malheureusement, sous nos latitudes.
Des policiers «gentils»
Les policiers ont beau dresser des P-V sans état d’âme quelquefois ou être cools le plus souvent, rien n’y fait. Personne n’empêchera un Algérien de sortir le matin pour aller au marché bondé pour faire des courses, bousculer les autres pour arracher un sachet de lait, faire une chaîne interminable pour un café presse, ou des prières collectives à la mosquée ou sur la terrasse ou au salon familial avec la famille et les voisins. Pour ce dernier cas, deux familles de la commune de Didouche-Mourad, 15 km au nord du chef-lieu, ont été hospitalisées la veille de l’Aïd El Fitr, présentant des signes annonciateurs de la Covid-19. Soupçons confirmés après les analyses effectuées par les annexes de l’institut Pasteur de Constantine, des personnes qui, il faut le rappeler, n’ont pas vu les leurs depuis des semaines, craignant de transporter le virus létal au domicile. C’est ce que n’a pas craint le jeune écervelé qui étalait une foi inappropriée, s’étant autoproclamé imam de la famille et avait réuni 28 personnes pour les prières surérogatoires des tarawihs. Des proches, tellement proches qu’ils ont été tous infectés à la Covid-19 et hospitalisés à l’hôpital El Bir. 28 personnes au total qui s’ajouteront à celles déjà hospitalisées dans un centre de santé qui ne sait plus où mettre ses malades.
Onze personnes de la même famille, de Constantine, ont aussi été «invitées» à un séjour au CHU, apparemment infecté par une femme qui a un peu trop tardé sur les marchés, une femme qui ne travaillait pas, qui avait des enfants en bas âge et devait rester à la maison pour les protéger. La maison, il n’en a pas été question longtemps, puisque le congé spécial obtenu se prolongera pour elle et les siens au CHU. On revient à l’hôpital El Bir où le malade hospitalisé, qui avait eu comme garde-malade son fils grâce à une «relation», le docteur S., que nous avions narré sur ces mêmes colonnes la veille, vient d’être transféré en extrême urgence au CHU, son cas s’étant subitement détérioré. Il y décédera quelques heures plus tard. Il avait 62 ans. Son fils restera seul à l’hôpital El Bir car il a été déclaré positif au Covid-19. Tout cela pour dire et redire que les agents de l’ordre, auxquels on présente encore une fois toute notre gratitude pour le travail immense qu’ils abattent chaque jour, traquant les voyous et les réfractaires aux masques et à la distanciation sociale, doivent être un peu plus fermes envers les contrevenants qui mettent leur vie et celles des leurs en danger. Pour dire aussi que la Covid-19 se pratique désormais «en famille» à Constantine, une ville où ses habitants nous avaient habitués à un comportement plus responsable. n