Il est dix heures du matin. Comme d’habitude, l’artère la plus fréquentée de Constantine est active. Aucun signe de la grève générale qui devait paralyser toute la ville. Hakim, un réparateur de TV, lunettes de presbyte sur le nez, ne cache pas son appréhension envers les grèves. « Si les grèves devaient résoudre les problèmes, on le saurait. Je suis contre la tenue des élections dans ces conditions, je marche tous les mardis, vendredis, et depuis quelques jours toutes les après-midi, mais là, c’est le pain de mes enfants, je ne joue pas avec ».
Plus haut, le quartier administratif du Coudiat, une concentration d’une vingtaine d’entreprises publiques de services, de lycées et d’une trentaine de commerces privés. Là aussi, c’est le calme plat, qui fait bizarre après les journées précédentes où des dizaines d’enseignants venaient huer le premier responsable du secteur, aussi bien ceux du primaire que ceux du cycle moyen. « Nos problèmes nous concernent, il ne faut pas généraliser, nous dira Hocine, un cadre dans l’éducation. Nous avons choisi de reprendre langue avec nos élèves aujourd’hui, un pur hasard, alors que nous étions en grève depuis une dizaine de jours. Là, c’est l’avenir du pays qui est en jeu, on doit faire preuve de sagesse ».
Partout en ville, c’est l’habituel rituel d’une densité humaine écrasante au centre-ville. Nous avons voulu tâter le pouls de Ali-Mendjeli, la méga cité, et là aussi les embouteillages anarchiques sont toujours de mise, les commerces activent à qui-mieux-mieux. Les différentes banques et assurances qui ont émigré à la nouvelle ville sont elles ouvertes.
Au niveau de Constantine, l’université Abdelhamid-Mehri, où les bus estudiantins vont et viennent, nous renseigne sur le mouvement à l’intérieur de l’imposant établissement. Un enseignant qui en sortait répond par la négation quant à une possibilité de fronde à l’intérieur du campus. « Les étudiants sont dans les amphis et il n’y a pas de grève, où alors elle est bien dissimulée », ironisera-t-il.
Ce n’est qu’à notre deuxième virée, l’après-midi que l’on découvrira qu’il y avait un mouvement de fronde à l’université I, celle des Frères Mentouri. Mais sur place, nous découvrirons à peine une dizaine d’étudiants qui affichaient leur adhésion à l’appel de la grève générale à l’aide de slogans anti-élection, bariolés à la va-vite sur des petits cartons.