Chaque année, des millions de pneus de véhicules sont remplacés ou arrivent en fin de vie contraignant les environnementalistes et autres experts à s’ingénier pour «circonscrire» leur nocivité, les recycler et leur donner une seconde «vie».

Non biodégradables et nocifs pour l’environnement, les pneus usagés constituent de par la nature de leurs composants chimiques, une source de pollution des sols, mais aussi atmosphérique. Ils peuvent néanmoins faire l’objet de récupération pour être valorisés de différentes manières, entre autres, dans la fabrication de sols sportifs (pistes d’athlétisme et gazon synthétique), dans les secteurs agricole, des travaux publics et de l’industrie, mais aussi dans le jardinage comme support pour des plantes ornementales, telles la misère et le pothos. C’est le pari que s’est fixée l’association de protection de la nature et de l’environnement (APNE) de Constantine en décidant d’initier, cette année, les élèves des établissements scolaires à la «culture des plantes dans des objets en plastique, comme les bouteilles d’eau minérale et dans des pneus usagés pour en faire des décorations», confie à l’APS son président, Abdelmadjid Sebih. Cette action s’inscrit, précise-t-il, dans le cadre des «clubs verts» créés par l’APNE au sein des établissements scolaires depuis plusieurs années, en collaboration avec la direction de l’éducation, en vue de propager l’éducation environnementale en milieu scolaire et inculquer aux élèves le respect de la nature et de l’environnement. Ainsi après l’apprentissage de la mise en terre des plantes et des arbustes, l’APNE envisage, selon son président, de former ces apprenants au bouturage et à la production, en sus de les «former et les sensibiliser à la culture de la récupération des déchets plastiques et des pneus». «Nous allons prendre des pneus usagés et des bouteilles en plastique, demander aux enfants de les peindre et leur apprendre à planter dedans des plantes ornementales pour mettre en exergue l’importance de la récupération des déchets plastiques et des pneus et la nécessité de ne pas les jeter», précise M. Sebih, soulignant que «tout a un rôle».

Créer un effet d’émulation
En initiant les élèves sur ce sujet, le président de l’APNE espère créer un «effet d’émulation», une sorte de «chaîne» qui se répercuterait par une prise de conscience des parents, ajoutant que cette action de sensibilisation à la récupération des déchets plastiques puisse concourir à l’émergence de «la culture du tri qui fait encore défaut dans la société». Se rappelant qu’au lancement de l’APNE en 2000, il a tout d’abord fallu «amener les citoyens à saisir l’importance de planter des arbres et à prendre soin de leur cadre de vie», M. Sebih soutient que la plantation d’arbres «change» les mentalités. Si le président de l’APNE mesure le chemin parcouru en la matière, il déplore néanmoins la méconnaissance pour l’instant des citoyens de la «valeur» du plastique et le «manque d’organisation observé dans l’activité du tri sélectif des déchets en dépit des actions accomplies». Du côté de l’établissement public de gestion des centres d’enfouissement techniques et traitement des déchets de la wilaya de Constantine (EPIC- EPWG- CET), des efforts sont consentis, à ce sujet, concernant la récupération des pneus usagés qui s’accumulent dans différents quartiers et décharges sauvages de la ville, a-t-on appris auprès de responsables de cet établissement. Faisant suite à des instructions du wali de Constantine, cette opération a été lancée au cours du second semestre 2017 permettant, a-t-on indiqué, de «récupérer 1 500 pneus usagés ramassés dans les décharges sauvages, les oueds et même chez les vulcanisateurs». Des déchets à revaloriser. Cette quantité de pneus usagés est actuellement stockée au niveau de la décharge des déchets inertes située à Ali Mendjeli en attendant de lancer «une consultation» en direction des repreneurs activant dans ce domaine qui les transformeront en matière première en les broyant. Une fois broyés, ils peuvent être valorisés de plusieurs manières, notamment dans la constitution de remblais routiers ou de constructions, comme support de voie ferrée, dans la composition du gazon synthétique pour les terrains de jeu, ou comme matières premières pour les cimenteries et les aciéries, a-t-on noté. Par ailleurs, l’établissement public de gestion des centres d’enfouissement techniques et traitement des déchets de la wilaya de Constantine collecte chaque année 370 kg de déchets plastiques, a-t-on relevé à la direction du CET. Ces déchets sont notamment pris en charge, depuis 2017, au sein du centre d’enfouissement technique de Bougherb, dans la commune de Ben Badis (wilaya de Constantine) par un soumissionnaire agréé par l’Agence nationale des déchets (AND). Selon cette même source, ce récupérateur traite les déchets en plastique sur place à l’aide d’une machine qui procède à leur compression dans la perspective de les revaloriser et d’en faire de la matière première destinée au recyclage. A cet effet, d’aucuns estiment que la récupération et le recyclage permettent de réduire la présence des déchets plastiques et des pneus dans la nature et de contribuer au développement d’une économie verte ayant des effets directs sur la croissance économique et la création d’emplois.
(APS)